Mardi 17 novembre 2009

Baccalaureat 2010

 epreuve de philosophie :
 
sujet n° 1 :Pensez vous que le penseur du XXème siècle qui a osé écrire: Les cons, ça ose tout... c'est même à ça qu'on les reconnait." l'était et dans l'affirmative, pensez vous qu'il a été reconnu à sa juste valeur?

sujet n°2: Partagez vous cette opinion: si Victor hugo revenait de nos jours, il ne perdrait pas son temps à écrire "l'art d'être grand père" mais il aurait sa page sur facebook et ecrirait sur son mur ce qu'il pense du retour de "Topaze"


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Samedi 14 novembre 2009

POZZO (soudain furieux).- Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoire de temps ? C’est insensé ! Quand ! Quand ! Un jour, ça ne vous suffit pas, un jour pareil aux autres, il est devenu muet, un jour, je suis devenu aveugle, un jour nous deviendrons sourd, un jour nous sommes nés, un jour, nous mourrons, le même jour, le même instant, ça ne vous suffit pas ? (Plus posément) Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c’est la nuit à nouveau. (Il tire sur la corde.) En avant !

 

(En attendant Godot – S.Beckett)

 

Cette réplique est tirée de l’acte 2…elle est fascinante, on a des frissons en la (re)lisant car il y a tout dedans… il y a notre vie, notre mort et l’univers autour… et cela est encore renforcée par la façon dont la phrase est construite. Il n y a pas de point,  pas de succession de phrases entre les différentes idées… mais des virgules qui font que la pensée avance, glisse, comme la vie, inexorable.

 

Alors il faut continuer « en avant » car c’est notre condition humaine que de continuer… malgré tout.

 

LAST IROKOI © 2009

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Lundi 9 novembre 2009

 

Estragon : On attend

Vladimir : Oui, mais en attendant ?

Estragon : Si on se pendait ?

Vladimir : Ce serait un moyen de bander

Estragon : On bande ?

Vladimir : Avec tout ce qui s’ensuit. Là où ça tombe, il pousse des mandragores. C’est pour ça qu’elles crient quand on les arrache. Tu ne savais pas ça ?

Estragon : Pendons-nous tout de suite

Vladimir : A une branche ? (Ils s’approchent de l’arbre et le regarde) Je n’aurais pas confiance.

 

(En attendant Godot- S.Beckett)

 


Vladimir et Estragon les personnages du “Godot” de Beckett  ainsi d’ailleurs que « Clov » et « Ham » dans « fin de partie » du même auteur ressemblent comme des frères jumeaux aux « clochards célestes » de J.Kerouac. Ils ont la même allure, le même âge et la même façon de parler. Au « on attend Godot » de Vladimir répond le « Pour sur » du beatnik de Kerouac.

(LAST IROKOI C 2009 - REFLEXIONS SUR LE THEATRE)

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Dimanche 8 novembre 2009

Estragon: j'ai fait un rêve.
Vladimir: Ne le raconte pas !
Estragon: je rêvais que...
Vladimir: NE LE RACONTE PAS !
Estragon (geste vers l'univers):Celui-ci te suffit? (silence)

(En attendant Godot- S.Beckett)

 

 

Entre Euripide et Samuel Beckett... qui a su dire la désespérance de la condition humaine... Goldoni... oui peut être Carlo Goldoni...

 

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Vendredi 30 octobre 2009





D'AUTRES PHOTOS DU MUSEE DE CLUNY ?
COPIER LE LIEN SUIVANT DANS VOTRE NAVIGATEUR:


http://www.facebook.com/album.php?aid=2021297&id=1494804464&l=fbfeb9a24a

Bonne Visite

LAST IROKOI C 2009

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Samedi 17 octobre 2009

Bon dieu ! Quelle crise de rire en écoutant « France info » ce matin…

 

«Encore un suicide chez « X » (j’écris « X » pour pas avoir d’emmerdes)… »

 

Et le journaliste de préciser : «  un jeune cadre de haut niveau craque et se suicide d’une balle en plein cœur. C’est le 26 ème suicides en 3 mois chez « X ». Le PDG refuse de démissionner… »

 

Je rigolais tellement que je me suis étranglé avec la fumée de ma première cigarette, tellement c’était drôle… Non car vraiment… vous voulez que je vous raconte le suicide du jeune cadre plein d’avenir… 

 

Tout a commencé le jour où il m’a fait convoquer chez la DRH de l’entreprise… une belle salope celle là aussi… vous savez le genre « carré HERMES », bouche en cul de poule sauf quand il lui faut gober le nœud d’un cadre de « très haut niveau. Elle pue la merde celle là… aussi.

 

Revenons à notre petit cadre… d’ailleurs, je me trompe : cela a commencé bien avant … dès le jour de son embauche ; c’est dans mon service qu’il l’ont affecté, il y a 3 ans, à peu près. Il sortait d’une grande école. Moi je sors du rang. Il ne connaissait rien au boulot ; moi, j’avais 20 ans d’expérience. Fatalement on s’est un peu heurté ; j’ai failli ne pas signer son rapport de titularisation. Comme cela ne marchait pas bien chez moi, ils l’ont changé de service…

 

Et là, pour lui, ça a mieux marché. Il a prit du galon. Il est devenu directeur du département dont dépendait mon service.

 

Deux mois après, j’étais convoqué par le conseil de discipline : il avait fait regarder mes notes de frais sur 3 ans. En ma qualité d’ingénieur, j’avais droit au remboursement de mes notes de restaurant et de mes factures d’essence. Je n’ai jamais exagéré… moins que d’autres en tout cas… mais quand on cherche… on trouve.

 

J’ai eu un blâme et ils en ont profité pour me retirer ma voiture de fonction et d’autres primes que je touchais tous les mois. Cela a baissé mon salaire de près de 50 %.

 

Avec les traites de la maison qui courraient encore sur 2 ans, les ennuis avec la banque ont commencé. J’ai pas tenu le coup. 3 mois après, il fallait bazarder la maison et prendre un F 3 en banlieue…

 

Ca a continué à dégringoler… car il y avait toujours les traites de la maison que je n’avais plus, à payer… et tant d’autres choses dont je ne me souciais pas auparavant…

 

Et au boulot c’était de pire en pire. On savait que je n’étais plus bien vu ; alors on me tapait sur la tête... pour des retards de plus en plus fréquents et des erreurs dans mon boulot de plus en plus graves…je m’enfonçais au quotidien, je me noyais, je me noyais littéralement dans ma propre vie.

 

Il y eu la mort de Paul, le plus ancien de mes collègues, d’une crise cardiaque, le jour de son départ en retraite, le départ de ma fille, du jour au lendemain, qui a quitté la maison sans même nous prévenir avec sa mère pour aller s’installer chez son copain et moi… moi qui ne parlait plus, qui devenait sombre, sans cesse de mauvaise humeur…

 

Je suis passé une seconde fois en conseil de discipline ; c’était en février dernier… je ne sais même plus ce que l’on me reprochait. Ils m’ont proposé de passer l’éponge si j’acceptais une mutation dans un autre établissement à 300 km de là avec un salaire d’employé. Le lendemain, je suis allé voir un médecin.

 

Le toubib n’a rien compris ; il m’a donné des médicaments qui m’ont abruti et il m’a arrêté 3 semaines en me disant de me reposer. Il avait l’air complètement dépassé.

 

Chez moi, j’ai tourné en rond… j’ai picolé… avec les antidépresseurs c’était pas joli, joli…Je sombrais, je sombrais toujours… et je le savais… je me sentais entraîné vers le fond tandis que lui… le jeune cadre… continuait à grimper vers le haut. Il venait d’être bombardé directeur général adjoint et il allait se présenter aux municipales.

 

Le déclic, ce qui m’a permis de donner le fameux coup de talon qui permet de remonter, c’est cette nouvelle au journal télévisé du 20 heures… ça disait en gros «  24 ème suicide à la société « X ». » C’était une jeune femme de 23 ans que je connaissais bien, d’un service voisin au mien, harcelée par son agent de maîtrise… 24 comme moi, comme moi si je ne réagissais pas, suicidé par une poignée d’autres cadres qui, s‘ils ne sortaient pas tous de la même école, avaient tous reçu la même « instruction ».

 

Je n’ai pas dormi de la nuit… j’ai réfléchi… et en réfléchissant, je me suis aperçu que je n’avais pas besoin de picole ou de médicaments, en réfléchissant, j’ai compris que je n’étais pas une merde et que j’allais leur prouver…

 

Le lendemain, je suis revenu travailler, la tête haute.

 

Vers midi, je l’ai croisé et comme ce n’était pas un imbécile, je suis certain qu’il a compris que quelque chose avait changé ou plutôt qu’il allait se passer quelque chose… Un instant…oh, un instant seulement, je crois bien voir vu de la peur dans ses yeux…

 

Vers 18 heures, à l’heure où les secrétariats sont vides, j’ai poussé la porte de son bureau…

 

Quand j’ai sorti le vieux flingue de ma poche, il a prit un air paniqué… pas pour la raison que j’imaginais… Il a crié :

 

-         Non, ne fais pas ça… pas dans mon bureau !

 

Le con… il a cru que j’allais me flinguer… moi aussi…

 

Il a pigé seulement quand il a vu que je dirigeais  l’œil  noir et froid de l’arme vers sa poitrine… mais jusqu’au moment où j’ai appuyé, une seule et unique fois, sur la détente, il n’y a pas cru…

 

Pas lui… les autres oui… mais pas lui…

 

J’ai jeté le revolver par terre et je suis sorti sans rencontrer personne. J’ai traversé la ville et je suis entré dans un bistrot.

 

Quand je suis ressorti, il y avait du vent dans les voiles… J’avais bu, j’avais bu comme si c’était la dernière fois avant longtemps… 15 ou 20 ans au moins…

 

D’où ma surprise et ma crise de rire, ce matin, en écoutant ma radio : « «Encore un suicide chez « X » … »

 

Et puis, je me suis dépêché de finir de me raser : j’ai rendez vous avec la DRH, ce matin, à 10 heures… quand tous le monde fume sa clope… en bas.

 

 LAST IROKOI c 2009 in "HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS"

 

 

 

 

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Dimanche 4 octobre 2009

Lastirokoi et le colonel Dog regrettent les moeurs d'autrefois... Hier quand un mec déplaisait à un monarque, il le faisait occire ou enfermer à la Bastille et on en parlait plus... Au mieux, ledit monarque faisait un mot historique et mettait tout le monde de son coté... Clovis par exemple, on lui casse son vase... pof un bon coup de francisque sur la tronche du coupable et hop " souviens toi du vase de Soisson": ca a posé Cloclo pour la posterité...mais là, il a même pas dit "souviens toi des listing de clearstream" notre monarque... il a raison du reste car tt le monde s'en foutrait...  et aurait oublié "le mot" dans 2 ans... peut être même avant...

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Dimanche 4 octobre 2009

Mon ami, le Colonel Dog vient d'apprendre qu'il est proposé de payer les lycéens qui voudront bien aller en cours, c'est à dire acceder à l'instruction, acceder à ce que des millions de petits momes dans le tiers monde voudraient bien faire (et notamment des petites filles qui risquent d'etre vitriolées quand elles osent aller à l'ecole, quand ce n'est pas violées et assassinées...)...

C'est foutu: on aura beau se creuser les méninges, remuer et tourner 7 fois sa langue dans sa bouche et dans celle de sa voisine... on ne peut pas lutter: la plus grosse connerie du siecle, voire du millenaire (et cela 9 ans à peine apres son début ) aura été proférée... mais est ce bien etonnant de la part des ayatollas de l'éducation nationale ???


Bon ben je retourne sous mon tipi...

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Dimanche 4 octobre 2009

"Malheur au cachalot qui se battrait contre un pou. Il serait dévoré en un clin d'oeil, malgré sa taille. Il ne resterait pas la queue pour aller annoncer la nouvelle. L'éléphant se laisse caresser. Le pou non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux." second chant de Maldoror. Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont.

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Vendredi 7 août 2009

Cela a été brusque, brutal mais, en même temps, lent, hors du temps, irréel. Le vélo a surgi du bas coté, à droite. J’ai distingué l’imper bleu de la gamine dans mes phares et son regard effrayé derrière ses grosses lunettes à monture, bleue elle aussi. J’ai fermé les yeux en écrasant les freins. Je n’ai pas entendu le choc, en tout cas, pas distinctement, dans le hurlement des pneus.

 

La voiture s’est enfin arrêtée. Je suis sorti. Je tremblais de tous mes membres. Le pire, c’était le silence, juste ponctué, au loin, par l’aboiement d’un chien. Aussi loin que portaient mes phares, la route était rectiligne et déserte sous le couvert des arbres.

 

J’ai couru vers le lieu de l’accident tout en appelant mais personne ne répondait. On n’y voyait pas à 5 mètres. La lune était cachée par de gros nuages noirs. A chaque pas, je craignais de tomber sur l’indicible Je suis arrivé au début de la trace de freinage. Toujours rien, rien sur la route, rien sur les bas cotés…

 

J’ai continué à courir quand soudain dans le fossé à droite, j’ai vu… j’ai vu une masse dans l’ombre, tordue, torturée… j’ai appelé. En tentant de descendre le talus, je me suis pris les pieds dans une racine et j’ai dégringolé dans les ronces. A ce moment là, le nuage a découvert la lune… cette ombre inquiétante n’était qu’un arbuste de genets…

 

Je suis revenu vers ma voiture. J’ai mis les feux de détresse et j’ai appelé les gendarmes avec mon portable. J’ai du m’y reprendre à plusieurs reprises, car au fin fond de la Bretagne, au milieu de Brocéliande, le réseau passe très mal.

 

Ils ont mis une vingtaine de minutes pour arriver suivis par une ambulance du SAMU puis par les pompiers. J’ai expliqué au brigadier ce qui s’était passé. Ils ont sécurisé la route en mettant en place des barrières fluorescentes et des gyrophares. 5 ou 6 gendarmes et le médecin du Samu sont parti vers le lieu du choc avec des torches et du matériel de premiers secours. Quelqu’un m’a posé une couverture argentée sur les épaules et j’ai suivi le brigadier dans la fourgonnette.

 

C’est là que j’ai vu que je saignais d’un peu partout, à cause des ronces, dans ma chute. Le gendarme m’a donné un kleenex et m’a fait souffler dans un ballon. C’était négatif. Alors, il a commencé à prendre ma déposition.

 

D’autres véhicules de gendarmerie puis de pompiers sont arrivés ; il y avait beaucoup de monde dans ce lieu, un instant avant, si désert. Avec les torches et les projecteurs, on y voyait comme en plein jour. Deux hommes en blouse blanche étaient autour de ma voiture. L’un d’eux s’est même glissé en dessous. On est venu chercher le brigadier. Je suis resté seul dans la fourgonnette. Bientôt tous les hommes qui étaient partis sont revenus avec le médecin. Ils ne courraient plus et la civière était vide.

 

Le brigadier est revenu au fourgon avec un pompier et le médecin du SAMU. Ils se sont assis sans rien dire. Le pompier et le médecin ont lu ma déposition qui tenait sur une demi page. En relevant la tête, le médecin a chuchoté quelque chose à l’oreille du brigadier qui a fait « non » de la tête. Tous semblaient hésitants. Enfin, le gendarme s’est décidé :

 

-          Nous avons un problème, monsieur…

 

Je n’ai rien pu répondre. J’étais mort de trouille et j’avais envie de vomir.

 

-          Je lis votre déclaration : Vers minuit 30, vous dirigeant de la sortie de l’autoroute vers le village de Saint Calaraix où vous allez rendre visite à votre grand-mère qui y demeure, vous n’avez pu éviter un ou une jeune cycliste qui a débouché brusquement sur votre droite. Vous l’avez heurté en dépit d’un freinage d’urgence. Sur cette portion de route, la vitesse est limitée à 90 Km/H. Vous pensez que vous rouliez, à l’instant du choc, entre 60 et 70 km/h. D’après les mesures que nous avons opérées, votre vitesse était plus proche de 75 Km/H. Vous avez certifié n’avoir pas bougé votre véhicule de l’endroit où le freinage l’a arrêté avant l’arrivée des secours. C’est bien cela ?

 

J’ai acquiescé. Le médecin m’a alors posé une série de question sur mon état de santé en prenant des notes : pas de perte de connaissance, de crise d’épilepsie, de traitement médicamenteux, d’état dépressif ?…A chaque fois je répondais par la négative…

 

Quand il reposa son stylo, Il y eu un grand silence. L’interrogatoire était terminé. Alors, j’ai demandé :

 

-          vous l’avez retrouvé ? elle est morte n’est ce pas ?

 

C’est le pompier qui m’a répondu…

 

-          Non, monsieur, personne n’est mort ici ce soir, du moins pas à notre connaissance… Il n’y a aucune trace de choc sur la route, de blessé voire pire dans les fossés, pas plus que d’épave de vélo fracassé… et la carrosserie de votre véhicule est absolument intacte…

-          Mais pourtant…

-          Oui pourtant… pourtant… nous sommes certain qu’il s’est bien passé quelque chose sur cette route ce soir…

 

C’est le brigadier qui a repris en détachant nettement ses mots :

 

-          Vous êtes le 3ème automobiliste en 2 mois donnant l’alerte, certain d’avoir renversé une jeune cycliste d’environ 8 ou 10 ans. A chaque fois, la même description, le vélo, l’imper et la monture des lunettes sont bleus. Pour vous, il n’y avait que l’imper et les lunettes de bleu… peut être qu’à cause de l’obscurité, vous n’avez pas bien vu la couleur du vélo … mais comme pour les 2 autres ; même scénario : il n’y a ni blessée, ni corps, ni bicyclette sur place et les voitures sont intacts…

-          3 en 2 mois, plus tous ceux qui ne se sont pas arrêtés ! Vous comprenez que nous commençons à nous interroger » ajouta le pompier…

 

Ils m’ont fait signer tout un tas de papier ; puis ils ont chargé ma voiture sur une dépanneuse en m’expliquant qu’ils allaient faire des analyses complémentaires et que je la récupérerai dans quelques jours. Le capitaine des pompiers m’a proposé de m’emmener jusqu’au village de ma grand-mère. J’ai accepté. Il n’a rien dit de tout le chemin mais en me déposant, il a murmuré en me serrant la main : « vous savez, ici, en terre de Brocéliande, il se passe toujours des choses étranges, des choses de l’au-delà ; vous verrez, vous verrez… »

 

Je n’ai rien dit de mon aventure, ce soir là, à ma grand-mère, non pas parce que j’avais peur de l’effrayer mais parce que j’étais trop fatigué pour parler, pour expliquer. J’ai mis mon retard sur le compte d’un incident mécanique m’ayant contraint à mettre ma voiture au garage

 

C’est le lendemain, au petit déjeuner, que j’ai parlé. Elle m’a écouté sans poser de questions, hochant simplement la tête pour me montrer qu’elle suivait. Ma grand-mère est une vraie bretonne. Elle n’est peu démonstrative. Quand j’ai terminé mon récit, elle n’a fait aucun commentaire. Simplement, elle s’est levée et elle est allée farfouiller dans un tiroir du gros buffet de cuisine. Elle est revenue avec une photographie qu’elle m’a tendue :

 

-          Tiens, regarde : Au second rang, la 3ème en partant de la gauche… c’est elle ?

 

C’était une photo de classe, en noir et blanc… La gamine en question avait en effet des lunettes rondes et peut être la même forme de visage… mais tout s’était passé si vite la veille au soir :

 

-          Oui, peut être. …Qui est ce ?

-          Marie Le Peulmenac’h… la petite Marie de la ferme « d’en bas ». On a porté sa mère au cimetière, il y a 3 mois environ…

-          Pauvre gosse, si jeune et déjà orpheline…

-          Tu n’y es pas, mon petit…Sur la photo, Marie avait 10 ans mais aujourd’hui, elle irait sur ses 60 ans.

 

J’ai failli m’étouffer en avalant une gorgée de cidre. Elle fit un geste de la main et poursuivit :

 

-          J’étais l’institutrice de Marie cette année là. C’était une assez bonne élève, épanouie comme on dirait aujourd’hui, avec plein d’amies… et son amour pour la couleur bleue. Chez elle, tout était bleu : ses vêtements, ses cahiers, les nœuds dans ses cheveux et même le vélo qu’elle prenait pour venir à l’école. Elle était fille unique et ses parents cédaient à tous ses caprices. Les garçons du village l’avaient surnommé « marie la bleue ». et puis il y eu cette journée

 

Ce fut le seul instant où elle sembla hésiter :

 

-          C’était le 15 mai 1949. Cela aurait pu être une journée comme les autres, une journée banale, au sortir de la guerre. Il y avait bien eu ce mot à faire signer par les parents car Marie n’avait pas rendu son devoir de calcul… mais la fin de la classe s’était déroulée normalement et j’ai vu Marie prendre son vélo et partir avec ses camarades comme elle le faisait chaque soir.

 

Il y eu un silence avant qu’elle ne dise ce que j’avais déjà compris

 

-          Marie n’est jamais arrivée jusqu’à chez elle. Personne ne l’a jamais revu et on n’a jamais retrouvé son corps. Pourtant Dieu sait si on a cherché. On a fait des battues à 30 KM à la ronde avec tous les gens du village et des fermes alentour. Le lac et tous les cours d’eau du coin ont été dragués des semaines durant, les gendarmes ont fait des barrages dans toute la région, interrogé tout le canton et moi, ils m’ont convoqué 10, 15 fois peut être… on n’a jamais su la vérité, si c’était une fugue, un accident, un enlèvement… la seule chose certaine c’est qu’elle a quitté ses amies vers 17 heures au carrefour des « 4 chemins » et que personne ne l’a plus jamais revue : Elle s’est volatilisée…

-          C’est étrange… je n’avais jamais entendu parler de cette histoire.

-          C’est si loin… tu te rends compte : 20 ans avant ta naissance. Et puis les gens d’ici sont discrets, ils n’aiment pas parler de ce genre d’histoire… surtout que…

-          Surtout…

-          Oh mon Dieu, tu sais, les parents étaient de très riches fermiers, les plus riches du département sûrement. Ils n’avaient pas que des amis. On a murmuré que d’aucun aurait pu se venger…Et puis, surtout, il y a eu le suicide du grand père de Marie.

 

Elle se pencha pour prendre son verre mais avant de boire, elle fini d’exposer son idée.

 

-          2 jours après la disparition de l’enfant, on l’a retrouvé pendu à la clenche de la porte d’entrée de la ferme… A l’époque, les gens du pays se sont demandés si c’est vraiment un suicide. Les gendarmes, eux, n’en étaient pas absolument certains. Il parait que le rapport du légiste … Mais le temps est passé et, peu à peu, tout s’oublie

 

Brusquement, j’ai réalisé :

 

-          Tu te rends compte de ce que tu me dis ?

-          Oui mon petit, oui je me rends compte

 

Elle me regarda droit dans les yeux :

 

-          je pense que depuis quelques temps, la petite Marie est revenue et manque de se faire écraser, par toi et par 2 ou 3 autres d’ailleurs, pour nous dire quelque chose… mais quoi ?

-          C’est effarant, c’est impossible

 

Elle a eu les mêmes mots que le capitaine des pompiers hier soir dans la voiture :

 

-          tu sais ici, ici, en terre de Brocéliande, il se passe toujours des choses étranges… des choses qui n’arrivent pas ailleurs… Allez viens manger : il est passé midi.

 

J’ai voulu continuer la conversation pendant le repas mais ma grand-mère m’a fait comprendre qu’il est des choses dont on ne parle pas à table.

 

Après déjeuner, elle s’est habillée pour sortir en me disant qu’elle avait une commission à faire et en me conseillant de me reposer dans le jardin.

 

Je suis allé m’asseoir sur le vieux banc d’où l’on aperçoit le lac et dans le bourdonnement des abeilles et le froissement des feuilles des arbres chahutés par le vent, je me suis assoupi, un livre « alibis » à la main.

 

C’est elle qui m’a réveillé à son retour. Elle m’a entraîné dans le salon. Sur la table basse, elle avait étalé une carte « IGN ».

 

-          Regarde, me dit elle, ici, au milieu, le village.

 

Et elle fit un large cercle rouge sur la carte. Elle poursuivit :

 

-          là, l’école et la mairie, dans le même bâtiment. Et tout au nord, là haut, la ferme de Marie. Et voici le chemin que Marie prenait tous les jours pour rentrer chez elle.

 

Elle souligna la route qui montait droit au nord, d’un trait de feutre.

 

-          maintenant, regarde bien. (elle mit un point sur un chemin à l’autre extrémité de la carte, au sud est) ici, l’endroit où le premier automobiliste à appelé les secours, il y à deux mois. Là, (elle mit un second point dans la même région mais sur un chemin de traverse) c’est l’automobiliste qui a appelé il y a 5 semaines pour la même raison. Et enfin, là, (elle pose un 3ème point à quelques centimètres des 2 premiers sur une troisième route) c’est toi, hier soir… cela fait un beau triangle non ?

 

J’ai du en convenir, un triangle presque isocèle en plein milieu de la foret. Elle poursuivit :

 

-          j’ajoute qu’avec les 2 autres automobilistes, tu as 3 points communs : vous avez tous les 3 entre 40 et 45 ans, vous n’êtes pas du village et rappelle moi, tu as bien une voiture rouge ?

-          Oui, une Alfa Rouge… mais qu’est ce…

-          Je n’en sais rien… sauf que les morts sont comme moi : ils n’y connaissent rien en automobile…

 

Je crois bien qu’à ce moment de la conversation, ma grand-mère se payait un peu ma tête

 

-          bon maintenant, regarde le triangle que forme les 3 points… qu’est ce que tu vois à l’intérieur ?

 

A vrai dire, je n’y voyais pas grand-chose si ce n’est un signe kabbalistique qui, d’après la légende de la carte, signifiait « menhir, dolmen ou pierre levée »… je le dis à ma grand-mère qui me répondit :

 

-          mais non je m’en fiche de cela… on n’est pas dans « Arsène Lupin »… Ce qui m’intéresse c’est ce qu’il y a autour du menhir. Aujourd’hui, il n’y a rien mais il y a 40 ans, il y avait une pâture avec un simple abri pour le foin des bêtes… et cette pâture, tu sais à qui elle appartenait ? Au grand père de Marie… aujourd’hui, tout cela est à l’abandon. Personne n’y va plus ; regarde, la foret a repris ses droits et même la sente qui y menait n’est plus visible...tiens, là, on la devine… en pointillés…elle partait de là à peu près, (et elle désigna l’endroit où je m’étais arrêté hier soir. Sans me laisser le temps de respirer, elle passa une veste en me disant) Vient, on va y faire un tour.

 

Est il besoin de raconter la fin de cette histoire ? Nous avons eu beaucoup de mal à retrouver l’abri dans la forêt qui avait poussé, inextricable. C’était un bâtiment de bois et de chaume, ouvert à tous les vents. A l’évidence, personne n’était venu depuis la mort du grand père. Dessous il y avait un gigantesque tas de foin qui pourrissait, montant à 5 ou 6 mètres, jusqu’au plafond. Ma grand-mère a ramassé un bêche rouillée dans un coin, a retroussé ses manches et m’a dit : « Aide moi. »

 

Il nous fallu une vingtaine de minutes d’efforts pour commencer à mettre à jour la carrosserie d’une voiture. Ma grand-mère l’identifia tout de suite :

 

-          c’est la Juva du grand père. Appelle les gendarmes pendant que je continue.

 

Quand ils sont arrivés, la voiture était presque entièrement dégagée. Sur la portière avant droite, il y avait une bosse très nette et des éraflures de peinture bleue.

 

Tout le monde s’est mis au travail et une heure après, un vélo bleu dont la roue avant était tordue avait été sorti de la paille.

 

Le parquet fut prévenu et des ouvriers arrivèrent avec des pelles mécaniques. Vers 21 h, on exhuma là où auparavant s’élevait le tas de foin, un squelette qu’on pu identifier avec une quasi certitude. Il y avait au dessus un imperméable bleu…

 

L’affaire fit un entrefilet dans « Ouest France »… C’était une si vieille affaire. Et du reste, on ne reconstitua jamais entièrement ce qui s’était réellement passé.

 

On peut penser que le grand père qui avait un très fort penchant pour la bouteille a renversé sa petite fille sur le chemin entre l’école et la ferme familiale. La gamine a du être tuée sur le coup. Il s’est affolé et a dissimulé le corps, le vélo et la voiture dans un endroit que lui seul fréquentait.

 

Je pense, comme ma grand-mère, que quelqu’un dans la famille a compris ou surpris ce qui s’était passé, le père sûrement. Pour éviter le scandale, il n’a rien dit à la police mais il a fait justice lui-même en « suicidant » le beau père. Le fait que personne ne déclare la disparition de la Juva 4 plaide pour cette hypothèse. De même, la pâture et surtout le hangar du grand père n’ont, semble t il, pas été fouillés sérieusement.

 

Restait à comprendre pourquoi la petite Marie avait attendu si longtemps après sa mort pour se manifester…

 

-          C’est simple m’a dit ma grand-mère, sa maman est morte il y a 3 mois. Elle a voulu la rejoindre et être enterrée près d’elle au cimetière… »

 LAST IROKOI C 2009 in "HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS"

Par lastirokoi - Publié dans : page 1 - Communauté : Pensées d'ailleurs
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