Vendredi 30 octobre 2009





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Bonne Visite

LAST IROKOI C 2009

Par lastirokoi - Publié dans : page 1 - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Samedi 17 octobre 2009

Bon dieu ! Quelle crise de rire en écoutant « France info » ce matin…

 

«Encore un suicide chez « X » (j’écris « X » pour pas avoir d’emmerdes)… »

 

Et le journaliste de préciser : «  un jeune cadre de haut niveau craque et se suicide d’une balle en plein cœur. C’est le 26 ème suicides en 3 mois chez « X ». Le PDG refuse de démissionner… »

 

Je rigolais tellement que je me suis étranglé avec la fumée de ma première cigarette, tellement c’était drôle… Non car vraiment… vous voulez que je vous raconte le suicide du jeune cadre plein d’avenir… 

 

Tout a commencé le jour où il m’a fait convoquer chez la DRH de l’entreprise… une belle salope celle là aussi… vous savez le genre « carré HERMES », bouche en cul de poule sauf quand il lui faut gober le nœud d’un cadre de « très haut niveau. Elle pue la merde celle là… aussi.

 

Revenons à notre petit cadre… d’ailleurs, je me trompe : cela a commencé bien avant … dès le jour de son embauche ; c’est dans mon service qu’il l’ont affecté, il y a 3 ans, à peu près. Il sortait d’une grande école. Moi je sors du rang. Il ne connaissait rien au boulot ; moi, j’avais 20 ans d’expérience. Fatalement on s’est un peu heurté ; j’ai failli ne pas signer son rapport de titularisation. Comme cela ne marchait pas bien chez moi, ils l’ont changé de service…

 

Et là, pour lui, ça a mieux marché. Il a prit du galon. Il est devenu directeur du département dont dépendait mon service.

 

Deux mois après, j’étais convoqué par le conseil de discipline : il avait fait regarder mes notes de frais sur 3 ans. En ma qualité d’ingénieur, j’avais droit au remboursement de mes notes de restaurant et de mes factures d’essence. Je n’ai jamais exagéré… moins que d’autres en tout cas… mais quand on cherche… on trouve.

 

J’ai eu un blâme et ils en ont profité pour me retirer ma voiture de fonction et d’autres primes que je touchais tous les mois. Cela a baissé mon salaire de près de 50 %.

 

Avec les traites de la maison qui courraient encore sur 2 ans, les ennuis avec la banque ont commencé. J’ai pas tenu le coup. 3 mois après, il fallait bazarder la maison et prendre un F 3 en banlieue…

 

Ca a continué à dégringoler… car il y avait toujours les traites de la maison que je n’avais plus, à payer… et tant d’autres choses dont je ne me souciais pas auparavant…

 

Et au boulot c’était de pire en pire. On savait que je n’étais plus bien vu ; alors on me tapait sur la tête... pour des retards de plus en plus fréquents et des erreurs dans mon boulot de plus en plus graves…je m’enfonçais au quotidien, je me noyais, je me noyais littéralement dans ma propre vie.

 

Il y eu la mort de Paul, le plus ancien de mes collègues, d’une crise cardiaque, le jour de son départ en retraite, le départ de ma fille, du jour au lendemain, qui a quitté la maison sans même nous prévenir avec sa mère pour aller s’installer chez son copain et moi… moi qui ne parlait plus, qui devenait sombre, sans cesse de mauvaise humeur…

 

Je suis passé une seconde fois en conseil de discipline ; c’était en février dernier… je ne sais même plus ce que l’on me reprochait. Ils m’ont proposé de passer l’éponge si j’acceptais une mutation dans un autre établissement à 300 km de là avec un salaire d’employé. Le lendemain, je suis allé voir un médecin.

 

Le toubib n’a rien compris ; il m’a donné des médicaments qui m’ont abruti et il m’a arrêté 3 semaines en me disant de me reposer. Il avait l’air complètement dépassé.

 

Chez moi, j’ai tourné en rond… j’ai picolé… avec les antidépresseurs c’était pas joli, joli…Je sombrais, je sombrais toujours… et je le savais… je me sentais entraîné vers le fond tandis que lui… le jeune cadre… continuait à grimper vers le haut. Il venait d’être bombardé directeur général adjoint et il allait se présenter aux municipales.

 

Le déclic, ce qui m’a permis de donner le fameux coup de talon qui permet de remonter, c’est cette nouvelle au journal télévisé du 20 heures… ça disait en gros «  24 ème suicide à la société « X ». » C’était une jeune femme de 23 ans que je connaissais bien, d’un service voisin au mien, harcelée par son agent de maîtrise… 24 comme moi, comme moi si je ne réagissais pas, suicidé par une poignée d’autres cadres qui, s‘ils ne sortaient pas tous de la même école, avaient tous reçu la même « instruction ».

 

Je n’ai pas dormi de la nuit… j’ai réfléchi… et en réfléchissant, je me suis aperçu que je n’avais pas besoin de picole ou de médicaments, en réfléchissant, j’ai compris que je n’étais pas une merde et que j’allais leur prouver…

 

Le lendemain, je suis revenu travailler, la tête haute.

 

Vers midi, je l’ai croisé et comme ce n’était pas un imbécile, je suis certain qu’il a compris que quelque chose avait changé ou plutôt qu’il allait se passer quelque chose… Un instant…oh, un instant seulement, je crois bien voir vu de la peur dans ses yeux…

 

Vers 18 heures, à l’heure où les secrétariats sont vides, j’ai poussé la porte de son bureau…

 

Quand j’ai sorti le vieux flingue de ma poche, il a prit un air paniqué… pas pour la raison que j’imaginais… Il a crié :

 

-         Non, ne fais pas ça… pas dans mon bureau !

 

Le con… il a cru que j’allais me flinguer… moi aussi…

 

Il a pigé seulement quand il a vu que je dirigeais  l’œil  noir et froid de l’arme vers sa poitrine… mais jusqu’au moment où j’ai appuyé, une seule et unique fois, sur la détente, il n’y a pas cru…

 

Pas lui… les autres oui… mais pas lui…

 

J’ai jeté le revolver par terre et je suis sorti sans rencontrer personne. J’ai traversé la ville et je suis entré dans un bistrot.

 

Quand je suis ressorti, il y avait du vent dans les voiles… J’avais bu, j’avais bu comme si c’était la dernière fois avant longtemps… 15 ou 20 ans au moins…

 

D’où ma surprise et ma crise de rire, ce matin, en écoutant ma radio : « «Encore un suicide chez « X » … »

 

Et puis, je me suis dépêché de finir de me raser : j’ai rendez vous avec la DRH, ce matin, à 10 heures… quand tous le monde fume sa clope… en bas.

 

 LAST IROKOI c 2009 in "HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS"

 

 

 

 

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Dimanche 4 octobre 2009

Lastirokoi et le colonel Dog regrettent les moeurs d'autrefois... Hier quand un mec déplaisait à un monarque, il le faisait occire ou enfermer à la Bastille et on en parlait plus... Au mieux, ledit monarque faisait un mot historique et mettait tout le monde de son coté... Clovis par exemple, on lui casse son vase... pof un bon coup de francisque sur la tronche du coupable et hop " souviens toi du vase de Soisson": ca a posé Cloclo pour la posterité...mais là, il a même pas dit "souviens toi des listing de clearstream" notre monarque... il a raison du reste car tt le monde s'en foutrait...  et aurait oublié "le mot" dans 2 ans... peut être même avant...

Par lastirokoi - Publié dans : page 1 - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Dimanche 4 octobre 2009

Mon ami, le Colonel Dog vient d'apprendre qu'il est proposé de payer les lycéens qui voudront bien aller en cours, c'est à dire acceder à l'instruction, acceder à ce que des millions de petits momes dans le tiers monde voudraient bien faire (et notamment des petites filles qui risquent d'etre vitriolées quand elles osent aller à l'ecole, quand ce n'est pas violées et assassinées...)...

C'est foutu: on aura beau se creuser les méninges, remuer et tourner 7 fois sa langue dans sa bouche et dans celle de sa voisine... on ne peut pas lutter: la plus grosse connerie du siecle, voire du millenaire (et cela 9 ans à peine apres son début ) aura été proférée... mais est ce bien etonnant de la part des ayatollas de l'éducation nationale ???


Bon ben je retourne sous mon tipi...

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Dimanche 4 octobre 2009

"Malheur au cachalot qui se battrait contre un pou. Il serait dévoré en un clin d'oeil, malgré sa taille. Il ne resterait pas la queue pour aller annoncer la nouvelle. L'éléphant se laisse caresser. Le pou non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux." second chant de Maldoror. Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont.

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Vendredi 7 août 2009

Cela a été brusque, brutal mais, en même temps, lent, hors du temps, irréel. Le vélo a surgi du bas coté, à droite. J’ai distingué l’imper bleu de la gamine dans mes phares et son regard effrayé derrière ses grosses lunettes à monture, bleue elle aussi. J’ai fermé les yeux en écrasant les freins. Je n’ai pas entendu le choc, en tout cas, pas distinctement, dans le hurlement des pneus.

 

La voiture s’est enfin arrêtée. Je suis sorti. Je tremblais de tous mes membres. Le pire, c’était le silence, juste ponctué, au loin, par l’aboiement d’un chien. Aussi loin que portaient mes phares, la route était rectiligne et déserte sous le couvert des arbres.

 

J’ai couru vers le lieu de l’accident tout en appelant mais personne ne répondait. On n’y voyait pas à 5 mètres. La lune était cachée par de gros nuages noirs. A chaque pas, je craignais de tomber sur l’indicible Je suis arrivé au début de la trace de freinage. Toujours rien, rien sur la route, rien sur les bas cotés…

 

J’ai continué à courir quand soudain dans le fossé à droite, j’ai vu… j’ai vu une masse dans l’ombre, tordue, torturée… j’ai appelé. En tentant de descendre le talus, je me suis pris les pieds dans une racine et j’ai dégringolé dans les ronces. A ce moment là, le nuage a découvert la lune… cette ombre inquiétante n’était qu’un arbuste de genets…

 

Je suis revenu vers ma voiture. J’ai mis les feux de détresse et j’ai appelé les gendarmes avec mon portable. J’ai du m’y reprendre à plusieurs reprises, car au fin fond de la Bretagne, au milieu de Brocéliande, le réseau passe très mal.

 

Ils ont mis une vingtaine de minutes pour arriver suivis par une ambulance du SAMU puis par les pompiers. J’ai expliqué au brigadier ce qui s’était passé. Ils ont sécurisé la route en mettant en place des barrières fluorescentes et des gyrophares. 5 ou 6 gendarmes et le médecin du Samu sont parti vers le lieu du choc avec des torches et du matériel de premiers secours. Quelqu’un m’a posé une couverture argentée sur les épaules et j’ai suivi le brigadier dans la fourgonnette.

 

C’est là que j’ai vu que je saignais d’un peu partout, à cause des ronces, dans ma chute. Le gendarme m’a donné un kleenex et m’a fait souffler dans un ballon. C’était négatif. Alors, il a commencé à prendre ma déposition.

 

D’autres véhicules de gendarmerie puis de pompiers sont arrivés ; il y avait beaucoup de monde dans ce lieu, un instant avant, si désert. Avec les torches et les projecteurs, on y voyait comme en plein jour. Deux hommes en blouse blanche étaient autour de ma voiture. L’un d’eux s’est même glissé en dessous. On est venu chercher le brigadier. Je suis resté seul dans la fourgonnette. Bientôt tous les hommes qui étaient partis sont revenus avec le médecin. Ils ne courraient plus et la civière était vide.

 

Le brigadier est revenu au fourgon avec un pompier et le médecin du SAMU. Ils se sont assis sans rien dire. Le pompier et le médecin ont lu ma déposition qui tenait sur une demi page. En relevant la tête, le médecin a chuchoté quelque chose à l’oreille du brigadier qui a fait « non » de la tête. Tous semblaient hésitants. Enfin, le gendarme s’est décidé :

 

-          Nous avons un problème, monsieur…

 

Je n’ai rien pu répondre. J’étais mort de trouille et j’avais envie de vomir.

 

-          Je lis votre déclaration : Vers minuit 30, vous dirigeant de la sortie de l’autoroute vers le village de Saint Calaraix où vous allez rendre visite à votre grand-mère qui y demeure, vous n’avez pu éviter un ou une jeune cycliste qui a débouché brusquement sur votre droite. Vous l’avez heurté en dépit d’un freinage d’urgence. Sur cette portion de route, la vitesse est limitée à 90 Km/H. Vous pensez que vous rouliez, à l’instant du choc, entre 60 et 70 km/h. D’après les mesures que nous avons opérées, votre vitesse était plus proche de 75 Km/H. Vous avez certifié n’avoir pas bougé votre véhicule de l’endroit où le freinage l’a arrêté avant l’arrivée des secours. C’est bien cela ?

 

J’ai acquiescé. Le médecin m’a alors posé une série de question sur mon état de santé en prenant des notes : pas de perte de connaissance, de crise d’épilepsie, de traitement médicamenteux, d’état dépressif ?…A chaque fois je répondais par la négative…

 

Quand il reposa son stylo, Il y eu un grand silence. L’interrogatoire était terminé. Alors, j’ai demandé :

 

-          vous l’avez retrouvé ? elle est morte n’est ce pas ?

 

C’est le pompier qui m’a répondu…

 

-          Non, monsieur, personne n’est mort ici ce soir, du moins pas à notre connaissance… Il n’y a aucune trace de choc sur la route, de blessé voire pire dans les fossés, pas plus que d’épave de vélo fracassé… et la carrosserie de votre véhicule est absolument intacte…

-          Mais pourtant…

-          Oui pourtant… pourtant… nous sommes certain qu’il s’est bien passé quelque chose sur cette route ce soir…

 

C’est le brigadier qui a repris en détachant nettement ses mots :

 

-          Vous êtes le 3ème automobiliste en 2 mois donnant l’alerte, certain d’avoir renversé une jeune cycliste d’environ 8 ou 10 ans. A chaque fois, la même description, le vélo, l’imper et la monture des lunettes sont bleus. Pour vous, il n’y avait que l’imper et les lunettes de bleu… peut être qu’à cause de l’obscurité, vous n’avez pas bien vu la couleur du vélo … mais comme pour les 2 autres ; même scénario : il n’y a ni blessée, ni corps, ni bicyclette sur place et les voitures sont intacts…

-          3 en 2 mois, plus tous ceux qui ne se sont pas arrêtés ! Vous comprenez que nous commençons à nous interroger » ajouta le pompier…

 

Ils m’ont fait signer tout un tas de papier ; puis ils ont chargé ma voiture sur une dépanneuse en m’expliquant qu’ils allaient faire des analyses complémentaires et que je la récupérerai dans quelques jours. Le capitaine des pompiers m’a proposé de m’emmener jusqu’au village de ma grand-mère. J’ai accepté. Il n’a rien dit de tout le chemin mais en me déposant, il a murmuré en me serrant la main : « vous savez, ici, en terre de Brocéliande, il se passe toujours des choses étranges, des choses de l’au-delà ; vous verrez, vous verrez… »

 

Je n’ai rien dit de mon aventure, ce soir là, à ma grand-mère, non pas parce que j’avais peur de l’effrayer mais parce que j’étais trop fatigué pour parler, pour expliquer. J’ai mis mon retard sur le compte d’un incident mécanique m’ayant contraint à mettre ma voiture au garage

 

C’est le lendemain, au petit déjeuner, que j’ai parlé. Elle m’a écouté sans poser de questions, hochant simplement la tête pour me montrer qu’elle suivait. Ma grand-mère est une vraie bretonne. Elle n’est peu démonstrative. Quand j’ai terminé mon récit, elle n’a fait aucun commentaire. Simplement, elle s’est levée et elle est allée farfouiller dans un tiroir du gros buffet de cuisine. Elle est revenue avec une photographie qu’elle m’a tendue :

 

-          Tiens, regarde : Au second rang, la 3ème en partant de la gauche… c’est elle ?

 

C’était une photo de classe, en noir et blanc… La gamine en question avait en effet des lunettes rondes et peut être la même forme de visage… mais tout s’était passé si vite la veille au soir :

 

-          Oui, peut être. …Qui est ce ?

-          Marie Le Peulmenac’h… la petite Marie de la ferme « d’en bas ». On a porté sa mère au cimetière, il y a 3 mois environ…

-          Pauvre gosse, si jeune et déjà orpheline…

-          Tu n’y es pas, mon petit…Sur la photo, Marie avait 10 ans mais aujourd’hui, elle irait sur ses 60 ans.

 

J’ai failli m’étouffer en avalant une gorgée de cidre. Elle fit un geste de la main et poursuivit :

 

-          J’étais l’institutrice de Marie cette année là. C’était une assez bonne élève, épanouie comme on dirait aujourd’hui, avec plein d’amies… et son amour pour la couleur bleue. Chez elle, tout était bleu : ses vêtements, ses cahiers, les nœuds dans ses cheveux et même le vélo qu’elle prenait pour venir à l’école. Elle était fille unique et ses parents cédaient à tous ses caprices. Les garçons du village l’avaient surnommé « marie la bleue ». et puis il y eu cette journée

 

Ce fut le seul instant où elle sembla hésiter :

 

-          C’était le 15 mai 1949. Cela aurait pu être une journée comme les autres, une journée banale, au sortir de la guerre. Il y avait bien eu ce mot à faire signer par les parents car Marie n’avait pas rendu son devoir de calcul… mais la fin de la classe s’était déroulée normalement et j’ai vu Marie prendre son vélo et partir avec ses camarades comme elle le faisait chaque soir.

 

Il y eu un silence avant qu’elle ne dise ce que j’avais déjà compris

 

-          Marie n’est jamais arrivée jusqu’à chez elle. Personne ne l’a jamais revu et on n’a jamais retrouvé son corps. Pourtant Dieu sait si on a cherché. On a fait des battues à 30 KM à la ronde avec tous les gens du village et des fermes alentour. Le lac et tous les cours d’eau du coin ont été dragués des semaines durant, les gendarmes ont fait des barrages dans toute la région, interrogé tout le canton et moi, ils m’ont convoqué 10, 15 fois peut être… on n’a jamais su la vérité, si c’était une fugue, un accident, un enlèvement… la seule chose certaine c’est qu’elle a quitté ses amies vers 17 heures au carrefour des « 4 chemins » et que personne ne l’a plus jamais revue : Elle s’est volatilisée…

-          C’est étrange… je n’avais jamais entendu parler de cette histoire.

-          C’est si loin… tu te rends compte : 20 ans avant ta naissance. Et puis les gens d’ici sont discrets, ils n’aiment pas parler de ce genre d’histoire… surtout que…

-          Surtout…

-          Oh mon Dieu, tu sais, les parents étaient de très riches fermiers, les plus riches du département sûrement. Ils n’avaient pas que des amis. On a murmuré que d’aucun aurait pu se venger…Et puis, surtout, il y a eu le suicide du grand père de Marie.

 

Elle se pencha pour prendre son verre mais avant de boire, elle fini d’exposer son idée.

 

-          2 jours après la disparition de l’enfant, on l’a retrouvé pendu à la clenche de la porte d’entrée de la ferme… A l’époque, les gens du pays se sont demandés si c’est vraiment un suicide. Les gendarmes, eux, n’en étaient pas absolument certains. Il parait que le rapport du légiste … Mais le temps est passé et, peu à peu, tout s’oublie

 

Brusquement, j’ai réalisé :

 

-          Tu te rends compte de ce que tu me dis ?

-          Oui mon petit, oui je me rends compte

 

Elle me regarda droit dans les yeux :

 

-          je pense que depuis quelques temps, la petite Marie est revenue et manque de se faire écraser, par toi et par 2 ou 3 autres d’ailleurs, pour nous dire quelque chose… mais quoi ?

-          C’est effarant, c’est impossible

 

Elle a eu les mêmes mots que le capitaine des pompiers hier soir dans la voiture :

 

-          tu sais ici, ici, en terre de Brocéliande, il se passe toujours des choses étranges… des choses qui n’arrivent pas ailleurs… Allez viens manger : il est passé midi.

 

J’ai voulu continuer la conversation pendant le repas mais ma grand-mère m’a fait comprendre qu’il est des choses dont on ne parle pas à table.

 

Après déjeuner, elle s’est habillée pour sortir en me disant qu’elle avait une commission à faire et en me conseillant de me reposer dans le jardin.

 

Je suis allé m’asseoir sur le vieux banc d’où l’on aperçoit le lac et dans le bourdonnement des abeilles et le froissement des feuilles des arbres chahutés par le vent, je me suis assoupi, un livre « alibis » à la main.

 

C’est elle qui m’a réveillé à son retour. Elle m’a entraîné dans le salon. Sur la table basse, elle avait étalé une carte « IGN ».

 

-          Regarde, me dit elle, ici, au milieu, le village.

 

Et elle fit un large cercle rouge sur la carte. Elle poursuivit :

 

-          là, l’école et la mairie, dans le même bâtiment. Et tout au nord, là haut, la ferme de Marie. Et voici le chemin que Marie prenait tous les jours pour rentrer chez elle.

 

Elle souligna la route qui montait droit au nord, d’un trait de feutre.

 

-          maintenant, regarde bien. (elle mit un point sur un chemin à l’autre extrémité de la carte, au sud est) ici, l’endroit où le premier automobiliste à appelé les secours, il y à deux mois. Là, (elle mit un second point dans la même région mais sur un chemin de traverse) c’est l’automobiliste qui a appelé il y a 5 semaines pour la même raison. Et enfin, là, (elle pose un 3ème point à quelques centimètres des 2 premiers sur une troisième route) c’est toi, hier soir… cela fait un beau triangle non ?

 

J’ai du en convenir, un triangle presque isocèle en plein milieu de la foret. Elle poursuivit :

 

-          j’ajoute qu’avec les 2 autres automobilistes, tu as 3 points communs : vous avez tous les 3 entre 40 et 45 ans, vous n’êtes pas du village et rappelle moi, tu as bien une voiture rouge ?

-          Oui, une Alfa Rouge… mais qu’est ce…

-          Je n’en sais rien… sauf que les morts sont comme moi : ils n’y connaissent rien en automobile…

 

Je crois bien qu’à ce moment de la conversation, ma grand-mère se payait un peu ma tête

 

-          bon maintenant, regarde le triangle que forme les 3 points… qu’est ce que tu vois à l’intérieur ?

 

A vrai dire, je n’y voyais pas grand-chose si ce n’est un signe kabbalistique qui, d’après la légende de la carte, signifiait « menhir, dolmen ou pierre levée »… je le dis à ma grand-mère qui me répondit :

 

-          mais non je m’en fiche de cela… on n’est pas dans « Arsène Lupin »… Ce qui m’intéresse c’est ce qu’il y a autour du menhir. Aujourd’hui, il n’y a rien mais il y a 40 ans, il y avait une pâture avec un simple abri pour le foin des bêtes… et cette pâture, tu sais à qui elle appartenait ? Au grand père de Marie… aujourd’hui, tout cela est à l’abandon. Personne n’y va plus ; regarde, la foret a repris ses droits et même la sente qui y menait n’est plus visible...tiens, là, on la devine… en pointillés…elle partait de là à peu près, (et elle désigna l’endroit où je m’étais arrêté hier soir. Sans me laisser le temps de respirer, elle passa une veste en me disant) Vient, on va y faire un tour.

 

Est il besoin de raconter la fin de cette histoire ? Nous avons eu beaucoup de mal à retrouver l’abri dans la forêt qui avait poussé, inextricable. C’était un bâtiment de bois et de chaume, ouvert à tous les vents. A l’évidence, personne n’était venu depuis la mort du grand père. Dessous il y avait un gigantesque tas de foin qui pourrissait, montant à 5 ou 6 mètres, jusqu’au plafond. Ma grand-mère a ramassé un bêche rouillée dans un coin, a retroussé ses manches et m’a dit : « Aide moi. »

 

Il nous fallu une vingtaine de minutes d’efforts pour commencer à mettre à jour la carrosserie d’une voiture. Ma grand-mère l’identifia tout de suite :

 

-          c’est la Juva du grand père. Appelle les gendarmes pendant que je continue.

 

Quand ils sont arrivés, la voiture était presque entièrement dégagée. Sur la portière avant droite, il y avait une bosse très nette et des éraflures de peinture bleue.

 

Tout le monde s’est mis au travail et une heure après, un vélo bleu dont la roue avant était tordue avait été sorti de la paille.

 

Le parquet fut prévenu et des ouvriers arrivèrent avec des pelles mécaniques. Vers 21 h, on exhuma là où auparavant s’élevait le tas de foin, un squelette qu’on pu identifier avec une quasi certitude. Il y avait au dessus un imperméable bleu…

 

L’affaire fit un entrefilet dans « Ouest France »… C’était une si vieille affaire. Et du reste, on ne reconstitua jamais entièrement ce qui s’était réellement passé.

 

On peut penser que le grand père qui avait un très fort penchant pour la bouteille a renversé sa petite fille sur le chemin entre l’école et la ferme familiale. La gamine a du être tuée sur le coup. Il s’est affolé et a dissimulé le corps, le vélo et la voiture dans un endroit que lui seul fréquentait.

 

Je pense, comme ma grand-mère, que quelqu’un dans la famille a compris ou surpris ce qui s’était passé, le père sûrement. Pour éviter le scandale, il n’a rien dit à la police mais il a fait justice lui-même en « suicidant » le beau père. Le fait que personne ne déclare la disparition de la Juva 4 plaide pour cette hypothèse. De même, la pâture et surtout le hangar du grand père n’ont, semble t il, pas été fouillés sérieusement.

 

Restait à comprendre pourquoi la petite Marie avait attendu si longtemps après sa mort pour se manifester…

 

-          C’est simple m’a dit ma grand-mère, sa maman est morte il y a 3 mois. Elle a voulu la rejoindre et être enterrée près d’elle au cimetière… »

 LAST IROKOI C 2009 in "HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS"

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Dimanche 26 juillet 2009
Pour faciliter la lecture, j'ai crée une page sur laquelle les 4 épisodes de "l'homme sans visage" ont été reclassés dans leur ordre chronologique.

Pour y parvenir, il faut cliquer sur le lien ci apres:
l'homme sans visage

Bonne lecture à tous

L.Irokoi
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Samedi 25 juillet 2009
LAST IROKOI EST HEUREUX DE VOUS ANNONCER LA PUBLICATION DES REFLEXIONS DU COLONEL DOG ET DE SES 2 AMIS :LE DOCTEUR BRANDY ET LE REVERENT PERE CLAMS-CLOVER.

POUR LES RETROUVER UNE SEULE ADRESSE : le-colonel-dog.over-blog.com

BONNE LECTURE

L.IROKOI
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Samedi 11 juillet 2009

4 ème partie / LA LIBERTE SANS VISAGE

 

Ces évènements se sont déroulés voilà tellement longtemps. J’ai coutume de penser que mon évasion fut la fin de ma première vie ou plutôt le début de la seconde. Et le trajet vers la liberté que j’ai fait sous la terrible baie, la dégringolade dans le puit sans fond, ma reptation dans des boyaux de sable dur et par endroit effondrés, fut à l’image du parcours qu’un enfant qui naît doit se forer de l’utérus de sa mère vers la lumière…

 

La lumière… la lumière que j’imaginais comme tout le monde, bleue, ce fut au bout du tunnel où j’avançais courbé en deux, une simple lueur grise… et au fur et à mesure que je forçais mon chemin, sagittaire obstiné, il y eut le bruit, l’immense bruit de la mer déchaînée dont j’avais entendu sous terre les coups de boutoir.

 

Le souterrain débouchait entre deux rochers, tout au bout de la baie. C’était une tempête, une tempête d’équinoxe dont la violence semblait me refouler sous terre. La mer était blanche de colère peut être parce qu’elle me considérait comme son prisonnier et que je lui échappais.

 

J’ai profité d’une accalmie pour traverser la plage et franchir la ligne de dunes, un peu comme un soldat qui débarque sous le feu de l’ennemi… moi c’était de l’enfer que je débarquais, un enfer de silence et d obscurité bien plus effrayant que celui des flammes de Satan.

 

Derrière les dunes, le vent me laissa un peu de répit. L’endroit où je me trouvais était désert. Aucune ville, aucun village à l’horizon. Juste, un peu en retrait sur la lande, une masure, une grange peut être dont le toit percé montrait le degré d’abandon. C’étoit un bien piètre abri mais un abri tout de même…

 

Je me suis retourné vers la mer pour regarder le Mont qui n’était que silhouette menaçante dans la tempête et je suis entré dans la cabane. Je me suis assis dans l’obscurité, contre la paroi trempée d’humidité. A la lueur des éclairs qui zébraient le ciel, je vis que j’étais dans la forge abandonnée d’un maréchal ferrant. Au mur, des sangles de cuir et des harnachements de métal étaient pendus. Dans le fond, le foyer avec tous ses instruments était froid et mort mais prêt à être ranimé.

 

Ce fut ainsi que je passais ma première nuit d’homme « libre », accroupi contre un mur, la tête dans les mains.

 

A l’aube, la tempête s’était calmée et j’ai risqué un œil puis un pas dehors. Le spectacle qui m’attendait était à la fois horrible et fascinant. A quelques jets de pierre de la cote, un navire démâté, éventré, la coque noircit par un incendie, était venu s’échouer sur les bas fond… en dépit du bruit des vagues et des rafales de vent, j’entendais le navire geindre comme un grand blessé, comme un grand brûlé. La grève était jonchée de débris de toutes sortes, planches, espars, morceaux de voiles et de cordages. Une malle de cuir au couvercle arraché était venue s’échouer sur les rochers. A l’intérieur, quelques vêtements, une bible et un énorme portefeuille de cuir avaient été épargnés par l’eau. C’était la malle d’un officier de bord à en croire les papiers encore lisibles qu’il contenait : un certain Marie Matthieu de Bayonne. Pas d’argent, juste une croix et une image de la sainte vierge. J’ai empoché le portefeuille et j’ai emporté un caban et un vieux pantalon qui étaient à ma taille, juste un peu humide. Un peu plus loin ce fut un bonnet de matelot dont je couvris ma tête.  Enfin, j’ai ramassé une paire de savates qui flottait, dérisoire, dans une mare.

 

J’eu beau scruter l’horizon : aucune trace de survivants ou de cadavres dérivant… rien que cette épave qui, sous les coups de bélier des vagues, perdait de plus en plus rapidement son assiette et offrait au ciel, comme une bête blessée, son ventre largement ouvert.

 

J’ai fait quelques pas sur le rivage où toujours plus de débris et d’objets poignants ou insolites venaient s’échouer. Là, c’était les reliques de la sainte barbe qui arrivaient : des mousquets, des tonnelets de poudre et des rouleaux de mèches. Plus loin, les épaves de la cambuse : une flottille de casseroles, de pots et d’écuelles… et, épars sur le sol alentour, deux échines de porc salé, un bouquets d’oignons violets et deux caisses de rations de biscuits de mer dont l’une était déjà gâté par l’eau de mer.

 

Je ramenais tout cela ainsi qu’une gourde d’eau de vie jusqu’à la cabane. Là je me suis restauré et reposé en guettant l’arrivée éventuelle de villageois. Mais personne n’est venu. J’avais accosté loin de tout et la nouvelle du naufrage n’était pas encore connue.

 

Vers midi, un immense craquement me fit comprendre que le navire venait de se disloquer. Je ne suis pas ressorti car la pluie s’était remise à tomber violemment. Et puis surtout je réfléchissais.

 

Tant d’événements en si peu de temps, moi qui, depuis une éternité, vivais si lentement. Quelque part, je sentais que tout était relié, que tout avait un sens mais je savais également que le plus difficile était devant moi. En rinçant mes mains à la tonne d’eau, je vis mon visage, ou plutôt l’instrument de torture qui depuis tant et tant d’année m’avait été imposé. Je savais que tant que j’aurai ce masque je ne serai pas vraiment libre mais qu’en l’enlevant, je ne le serais pas plus… je serai reconnu, poursuivi et à nouveau enfermé… car avec ce visage là, à découvert, impossible de déambuler en liberté, j’étais un danger, Le Danger, en danger. Oui, mon visage était ma prison…

 

La solution, je la connaissais depuis toujours et j’avais sous la main, tous les instruments pour la mettre en oeuvre… ces pinces et ces masses pour desceller mon carcan, ces quelques habits de marin, ces papiers d’identité et… la forge qui ne demandait qu’à être allumée …

 

J’attendis que la nuit tombe. Dans le même temps, la marée ramena la tempête encore plus forte peut être que celle de la nuit passée. En éloignant d’éventuels villageois attirés par l’épave, elle servait mes projets, elle en devenait la complice.

 

A la nuit noire, je me mis au travail. Et c’est là que je vis que les meilleurs plans sont parfois contrariés par des détails mineurs. J’avais absolument besoin de rallumer cette forge… mais aucun briquet sur moi.

 

La grève, sous une lune d’équinoxe noyée dans les nuages, était devenue une chapelle ardente en plein vent. La marée avait drossé contre les rochers, le corps de 4 ou 5 marins.

 

Sur le troisième cadavre que je fouillais, j’ai trouvé un énorme briquet d’amadou protégé dans une boite de fer qui contenait aussi une pipe et du tabac.

 

Quelques instants plus tard, j’allumais le foyer de la forge qui, avec le tirage du vent, se mit à ronfler comme l’enfer.

 

Dans la lueur des flammes, je saisis une pince et une masse énorme et avec le reflet à la surface de la tonne d’eau pour tout miroir, je commençais à retirer mon masque… le masque de fer.

 

Cela prit une bonne partie de la nuit car les rivets étaient conçus pour résister toute la vie d un homme, toute ma vie…

 

Dès que j’eus enlevé la dernière partie du masque, j’ai regardé mon visage libéré…A cette époque là, j’avais une trentaine d’années et pourtant ce que je voyais à la surface de l’eau n’avait pas d’age ou plutôt, cela avait l’age que l’on voyait sur toute les monnaies d’or et d’argent du royaume, sur toutes les médailles … Il me fallait continuer si je voulais conserver cette liberté.

 

Alors j’ai revêtu mes habits de marin et j’ai brûlé ceux de ma captivité. J’ai mis le portefeuille dans ma poche. Tout ces gestes, je devais les faire de suite car après, je n’aurai pas, je le savais, la force de les faire…

 

J’ai mis au feu un tisonnier et j’ai attendu qu’il rougisse, qu’il blanchisse en buvant l’eau de vie pour m’étourdir…

 

Quand tout fut près, j’ai pris ma respiration comme un nageur au bord de l’abîme puis d’une main qui tremblait à peine, j’ai approché le tisonnier de mon visage et résolument, à deux reprises, en croix, j’ai détruit ce visage qui me dénonçait, dans une souffrance horrible et avec un cri de damné…

 

J’ai laissé tombé le tisonnier à terre et je me suis traîné jusqu’à la tonne… mon visage n’était qu’une plaie, il n’avait plus forme humaine. Si j’avais évité les yeux, mon nez, ma bouche et mon menton avaient comme fondus. Et Dieu, dans son infinie miséricorde, me fit perdre connaissance.

 

Combien de temps suis-je resté ainsi ? Je ne sais pas. C’est la douleur qui m’a fait reprendre conscience. Toute ma face n’était que douleur. J’avais une fièvre énorme et une soif dévorante mais rien que l’idée de porter de l’eau à ma bouche me fit renoncer à tenter de boire. Dès lors je n’eus qu’une idée en tête, revenir vers la société des hommes, ne pas mourir ici comme une bête sauvage

 

J’ai marché le long de la grève en m’éloignant de la Baie. J’ai marché ou plutôt j’ai titubé dans le jour qui se levait, protégeant comme je le pouvais mon visage, des rafales du vent.

 

J’ai cru tomber, j’ai cru mourir mille fois mais à mesure que le temps passait, j’avançais et bientôt en fin d’après midi j’aperçu enfin, au loin, un clocher. Il me fallu encore beaucoup de temps pour arriver à la hauteur des premières maisons. Je me suis écroulé au pied de la margelle d’un puit.

 

J’ai vaguement eu conscience d’une foule, de bras, de mains charitables mais tellement maladroites. En voulant me relever, elles m’arrachaient des cris douleur. Je suis retombé dans l’inconscience.

 

Je me suis réveillé dans une chambre. Il y avait un prêtre qui me veillait. J’y voyais mal, très mal… la brûlure avait fait enfler toute ma face et me fermait à moitié les yeux. Et puis, il y avait la douleur, l’énorme douleur qui ne me quittait pas sauf quand je retombais dans l’inconscience… Je sentais une vague noire arriver qui m’emmenait dans des contrées inconnues d’où la souffrance était exclue mais non les rêves… Je rêvais que j’étais dans ce bateau naufragé et que des diables cornus voulait m’attirer avec eux dans les abîmes… je me réveillais en sueur et la douleur reprenait, déferlait, m’empêchant de penser, me forçant à bander mes muscles de toutes mes forces pour résister… résister, je n’avais que ce mot en tête…résister, tenir bon.

 

Là aussi, impossible de dire combien de temps cela dura… le délire de la fièvre et les atrocité que me faisaient endurer mes brûlures me firent perdre le sens du temps. J’avais conscience en me réveillant qu’on me veillait, qu’on baignait mes tempes d’eau, qu on mouillait mes lèvres. 2 personnes, peut être 3, se relayaient : le prêtre du premier jour et une femme aussi, dont la voix douce était, peut être, une des seules choses qui pendant tous ces jours m’ont rattaché à la vie…

 

Ce fut long, ce fut pénible et je me demande encore aujourd’hui comment je ne suis pas mort…

 

Peu à peu je sorti de mon délire, je rebasculais du coté des vivants… d’autres personnes sont venues ; plusieurs femmes, pourtant de grasses paysannes aguerris aux choses violentes de la vie ont faillies se trouver mal en voyant mon visage, j’ai entendu des hommes, de bons gros paysans ou des matelots prononcer d’épouvantables jurons.

 

Aujourd'hui, je n’ai plus figure humaine… c’est un amas de chairs et d’os grotesques, une parodie d’homme mais c’est grâce à ce masque de carnaval qu’on ne m’a pas retrouvé, que je suis toujours « libre… »

 

On m’a dit que, pendant mon délire, 4 hommes en noirs sont arrivés à cheval, un jour, menaçants, au village et ont demandé à me voir. Ils sont, m’a-t-on dit, entré dans ma chambre et m’ont regardé à la lueur d’une lanterne sourde. L’un d’eux m’aurait même fait tourner la tête avec le manche de son fouet. Ils sont repartis en remuant négativement la tête.

 

Du temps est encore passé. J’allais un peu mieux.

 

Un soir, un gros bourgeois de saint Malo est venu. Il m’a longuement regardé un mouchoir devant le nez car, à cette époque là, certaines plaies restaient purulentes et sentaient mauvais. Il voulu me faire parler mais je lui est montré ma bouche pour lui faire comprendre que c’était impossible. Il y a renoncé et est reparti.

 

Quelques temps après, le solde de mon engagement de marin et une bourse d’invalide me sont parvenu pour solde de tout compte. C’était une coquette somme qui me mettait à l’abri du besoin pour longtemps. Pour tout le monde, pour les gens du village comme pour les officiels de l’amirauté, j’étais bien Marie Matthieu, officier de marine défiguré et rendu amnésique suite au naufrage de son navire…et tout le monde me ficha la paix. Ce Marie Matthieu ne devait avoir ni ami, ni famille car jamais personne n’a cherché à me retrouver.

 

J’ai voulu payer aux gens du village une pension pour tous les soins et le temps qu’ils m’avaient consacrés mais tous, y compris le prêtre et la jeune femme à la voix douce, ont refusé.

 

J’ai guéri, cela prit longtemps mais j’ai guéri, j’ai triomphé de la souffrance et de la douleur. Les premiers temps, j’étais incapable de me lever, puis j’ai fais le tour de mon lit, de ma chambre, de la maison qui était le presbytère et enfin du village. J’ai remangé… j’avais horriblement maigri et les premières bouchées, les premiers repas furent aussi des tortures, mais il me fallait y arriver ; alors je l’ai fait…

 

Aujourd’hui, je suis à nouveau un homme et non plus une épave gémissante au fond d’un lit d’alcôve. Pour ne pas trop effrayer les enfants, je porte toujours d’immenses chapeaux et de profonds foulards autour du cou. Cela forme comme un masque…

Avec l’argent de l’armateur, je me suis acheté une petite maison tout au bout du bourg… c’est la jeune femme à la voix douce, Marie, qui vient faire le ménage et les repas… je la paye pour cela. Elle ne sera jamais rien d’autre pour moi qu’une servante. Je suis trop laid pour penser à autre chose.

 

Les gens du village m’ont adopté. Je vis, humblement, des rentrées d’un fermage acheté avec la maison ainsi que de quelques placements dans une maison de commerce de Saint Malo.

 

Le temps passe lentement. Suis-je heureux ? Oui je le pense autant qu’un homme comme moi puisse l’être…

 

Je le serai vraiment si un soir, à l’auberge, un roulier n’était pas arrivé. Il portait de village en village, une horrible nouvelle : on avait retrouvé, la semaine passée, Eusèbe et toute sa famille égorgé dans leur lit. Les brigands avaient même prit le temps d’achever le pauvre Maréchal. Bien sur, les sentinelles de la forteresse n’avaient rien vu, ni entendu…

 

Presque toutes les nuits, je fais un cauchemar : Je suis sur la grève d’où j’aperçois au loin, le Mont cerné de nuages noirs. Eusèbe, sur le navire échoué, avec toute sa famille m’appelle à son secours… mais je ne peux rien faire dans la tempête : le navire sombre, entraînant Eusèbe et ses enfants dans l’abîme bouillonnant…

 

LAST IROKOI © 2009 in « HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS »

 

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Dimanche 5 juillet 2009

3ème partie / LA LIBERTE DANS LES MAINS

 

Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit. J’ai lu et relu les passages de ce livre de médecine et au-delà, je me suis remémoré toutes mes lectures savantes où il était question de cette maladie. A deux ou trois reprises, j’ai soufflé mes chandelles pour m’allonger et me reposer un peu mais, dans l’obscurité, je voyais sur le mur, s’inscrire en lettres de feu, les symptômes du mal de l’enfant et surtout la façon de le guérir… car c’était écrit dans les livres, un geste, un simple geste pouvait lui sauver la vie… et je me demandais tout simplement si j’aurai le courage de faire ce geste…

 

Eusèbe arriva enfin. Il avait l’air sombre et fatigué. Je lui ai demandé des nouvelles. Sans me répondre, il a secoué la tête… ça allait mal. Alors, je lui ai posé des questions sur le mal de l’enfant, sur ses symptômes… au fur et à mesure qu’il me répondait je retrouvais mot pour mot ce que j’avais lu cette nuit… la fièvre, les plaques rouges sur le thorax, l’apathie et surtout les ganglions tout autour du cou, la respiration sifflante et ces peaux grisâtres dans le fond de la gorge qui l’étouffaient, qui l’étranglaient.

 

Cela confirmait ce que je pressentais : je connaissais son mal et surtout la façon de le soigner, de le sauver…

 

Eusèbe allait prendre congé plus tôt que d’habitude pour revenir plus rapidement près de son fils. Il fallait que je me décide…

 

Il avait encore la main sur la clé dans la serrure quand je lui ai dit :

 

-          Attend…je sais ce que c’est, je sais ce qu’il a ton fils…

 

Eusèbe a relevé sa tête cherchant mon regard de ses yeux d’aveugle. D’une voix que je ne lui connaissais pas, il a dit :

 

-          Toi… médecin ?

-          Non, mais je sais…

 

Il n’a pas posé d’autres questions… comme s’il me faisait immédiatement confiance… alors je lui ai dis de se dépêcher, d’aller chercher de la lumière, plein de lumière, de l’eau, beaucoup d’eau chaude et des couvertures, autant qu’il pourrait et surtout, un couteau fin, très aiguisé, le plus fin et le plus aiguisé qu’il pourrait.

 

Sans poser de question, il est remonté comme un fou… pendant ce temps, j’ai tiré mon bureau dans le sas… piètre table d’opération !

 

Il est revenu très vite avec tout ce que j’avais demandé. On s’est installé comme on a pu. Quand tout a été en place, nous nous sommes regardé… alors, je lui ai dit d’aller chercher son fils mais surtout, surtout de ne rien dire à sa mère et surtout de lui bander les yeux, de ne pas me poser de questions mais de lui bander les yeux de telle façon qu’il ne voit pas mon visage… et de faire vite, le plus vite qu’il pourrait…

 

A nouveau, je me suis retrouvé seul dans ma cellule, avec ma peur… car, oh oui mon dieu, combien j’avais peur… peur de tuer cet enfant… je ne suis pas croyant… j’ai refusé dans toutes mes épreuves, le prêtre que l’on me proposait mais à cet instant précis, mon dieu, que j’aurais souhaité avoir un curé avec qui parler… mais non personne… que mon angoisse. Alors pour la première fois de ma vie, je crois bien que j’ai prié…

 

Il est enfin redescendu avec son précieux fardeau enveloppé dans des couvertures. Il est entré dans le sas et a posé l’enfant sur la table que j avais préparé.   Maréchal, lui, est resté en dehors du sas.

 

J’ai ausculté l’enfant. Il fallait faire vite. Il était inconscient, son pouls était capricieux et il respirait avec un énorme bruit de forge. Je ne pouvais plus reculer. Il fallait que je fasse ces gestes que mille fois j avais fait en pensée… mais j’avais peur, j’avais si peur. Je sentais mes mains qui tremblaient et la sueur, une sueur d’angoisse comme celle du Christ sur le Golgotha, coulait sur mes joues, sur ma poitrine… la panique comme une immense vague s’emparait de moi…. Et puis, brusquement, tout se calma. Je regardais ce petit enfant… il ne pouvait compter que sur moi, rien que sur moi. Alors, j’ai respiré un grand coup et j’ai pris le couteau dont j’ai passé la lame dans une flamme…

 

Ce fut long, très long… Je devais agir avec tant de précautions pour ne pas trancher dans la chair vive. Son père le tenait sur la table, la tête basculée et la bouche grande ouverte et moi je venais trancher au fond de sa gorge, ces immondes peaux grisâtres qui l’étouffaient qui l’étranglaient…  

 

Et peu à peu, l’air, la vie revenait en lui ; au fur et à mesure que je le libérais, il respirait mieux, il passait du coma profond à un sommeil apaisant…

 

Longtemps, longtemps après, quand j’ai reposé le couteau, je ne sentais plus ni mes bras, ni mes jambes… je me suis mis à trembler et, sans le grand coup de cognac qu’Eusèbe me passa, je crois bien que j’aurai vomi, bêtement…

 

J’ai encore eu la force de rédiger pour l’apothicaire la formule d’une potion à base de racines d’orties et de mures que j’avais relevé dans mon précieux livre… Eusèbe a remonté l’enfant encore endormi dans ses couvertures, j’ai rangé le sas, éteignant les chandelles chancelantes et je suis allé m’écrouler sur mon lit…

 

J’ai dormi longtemps, longtemps… je me suis réveillé complètement abruti de fatigue et courbatu. Au même instant, Eusèbe arrivait.

 

Son fils n’avait plus de fièvre. Il avait fait 2 bains de gorge et s’était assis dans son lit. Il crachait encore de gros caillots de sang mais il respirait normalement. Je lui ai dit de le surveiller et de continuer les bains. Eusèbe m’avait amené un gros morceau de rôti de biche et une bouteille de vin de champagne.

 

Les jours et les nuits passèrent et peu à peu, l’enfant se remettait complètement. Il pouvait manger normalement et voulait repartir jouer avec ses copains sur l’estran de la baie.

 

Nous reprîmes nos habitudes avec le geôlier et surtout nos parties d’échecs mais je lui trouvais l’air triste, sombre… tellement qu’un jour, je lui ai demandé ce qui se passait. Sa réponse me laissa sans voix :

 

-          Pas juste… toi sauver mon fils mais toi prisonnier…

 

Je ne savais pas trop quoi dire… si ce n’est que ce n’était pas l’important, que l’essentiel était que son fils soit sauvé, qu’il ne savait pas tout, que surtout il ne devait pas savoir… mais j’avais beau parler je sentais bien qu’il ne m’écoutait pas car il était têtu le bougre…

 

Plusieurs jours passèrent encore où souvent il faisait allusion à l’injustice de ma captivité et peu à peu à ma liberté…

 

Jusqu’au jour où il arriva avec une pioche et une lanterne en main et une corde autour de la taille.

Il pénétra dans le sas puis dans ma cellule et alla droit au mur du fond.

 

Il se mit à défoncer la muraille et ouvrit une large brèche. Cela donnait sur un large conduit, un puit ou une cheminée qui s’enfonçait vers les profondeurs du Mont.

 

Il me tendit la lanterne et l’extrémité de la corde en me disant :

 

-          toi partir…

 

J’ai hésité quelques instants mais comment dire, sa voix était tellement pressante… j’ai pris le bout de la corde dont il attacha l’autre extrémité, aux grilles du sas.

 

Il y eu un grand silence dans ma geôle. J’étais pris d’un vertige, au bord de la liberté que je n’avais jamais connu comme d’autres le sont au bord d’un gouffre.

 

L’un et l’autre nous gardions le silence… et puis il eu ce geste qu’ont les aveugles pour reconnaître ceux qu’ils aiment : il voulu toucher mes traits de ses mains, de ses doigts… pour me voir…

 

Avant que je puisse m’écarter, il m’a effleuré et, tout de suite, il a sursauté en retirant sa main…

 

-          Toi, porter masque ?

-          Oui, ami ; j’ai un masque… depuis toujours ; un sacré putain de masque de fer… mais surtout n’en parle pas, n’en parle jamais, tu entends… à qui que ce soit… surtout pas à ta famille….

 

Sans lui laisser le temps de répondre je me suis engouffré dans la brèche du mur et passant la lanterne autour de mon cou, j’ai commencé à me laisser descendre dans le vide noir et angoissant, peuplé de courants d’air glacés. J’ai commencé à me laisser descendre vers ma nouvelle vie de liberté tandis que la voix d’Eusèbe m’arrivait dans un écho :

 

-          bonne chance, masque

-          bonne chance aussi à toi Eusèbe… soit béni mon ami…

 

Suite et fin dans le quatrième épisode de « L’Homme sans Visage »

 

LAST IROKOI © 2009 in « HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS »

 

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