Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 19:35

Un dimanche au musée Guimet, musée des arts de l'Orient extrème....

 

Une expo temporaire sur la calligraphie japonaise et ce poeme de Kinako Yoshima Daiun

 

" l'arc en ciel ne se noit il pas dans le bleu du firmament?"

 

Pour voir les photos un clic ci-après: http://0z.fr/C6tFJ

 

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Mardi 10 avril 2012 2 10 /04 /Avr /2012 23:15

La paix soit sur le lac.

 

D’aube en crépuscule naissant,

Le ciel est aquarelle.

D’orient en occident.

Se mêle le mauve d’un nuage

A l’or livide d’un soleil

Et l’aile d’un oiseau de passage,

Pinceau fin sur l’horizon,

Trace, fugace,

Les signes d’un alphabet

Que les hommes n’entendent plus.

 

La paix soit sur le lac.

 

C’est le crépuscule gelé

D’un jour de décembre.

Dans le silence, le spectre décharné

D’un saule de cristal,

Joue, sur l’eau, de ses branches,

La partition fragile de l’hiver.

 

La paix soit sur le lac.

 

C’est l’aube, délicate, à l’encre de chine.

S’endorment les hiboux,

Veilleurs d’étoiles,

Alors que la foret retient son souffle

Et attend, patiente et philosophe,

L’alcool bleu de la neige

Qui arrivera, dans la journée,

Des frontières du rêve,

Légère, sur les ailes d’ivoire

D'un ange aux yeux d'acier.

 

La paix soit sur le lac.

 

LAST IROKOI © 2012

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Dimanche 8 avril 2012 7 08 /04 /Avr /2012 23:43


Euthanasia au pays d’Enola Gay,

Sympathie pour le démon

Là où les pauvres morts

A la bouche noircie, les yeux grands ouverts

Déjà, dans le néant, aperçoivent

Sans effort, le monde

Des humains de demain.

 

Euthanasia au pays d’Enola Gay,

Les derniers seront les premiers

Garde ton expérience

Vieille de tous ces jours

De mondes en faillite,

D’univers en débâcle…

Il ya des étoiles qui s’effondrent

Et des galaxies desséchées.

Le temps se dérègle…

Comment croire qu’une boussole

Indique l heure de la fin des temps ?

 

Euthanasia au pays d’Enola Gay,

Combien de génocides, suicides de peuples usés ?

Combien de saccages, pourquoi y voir un holocauste voilé ?

Naissance d’intelligences mortes nées…

Comment croire un dictionnaire aux pages arrachées ?

Limiter le nombre de mots

Pour empêcher le peuple de penser…

 

Euthanasia au pays d’Enola Gay,

Je vais m’arrêter, je suis fatigué ;

Godot, enfin, est arrivé,

Au moment où ma jeunesse s’enfuie

Quelque part entre Venise et Kobe…

A ma montre arrêtée, il est temps de me coucher…

Comment croire un cimetière

Dont les morts sont relevés ?

 

Euthanasia au pays d’Enola Gay,

La pièce est jouée

Jamais ne te rejoindrai,

Le temps a coulé

Du sablier percé…

Comment croire un jour noir

Sans ombre portée au cadran solaire ?

Euthanasia au pays d’Enola Gay,

Dans la lumière d’un midi d’été.

LASTIROKOI©2012

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Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 19:38

Par la fenêtre,

Un murmure de printemps

Et ton rire, clair

§

§       §

Après la chaleur,

Le crépuscule rouge

Peuplé de bourdons

§

§       §

L’escalier bleu

Ou résonnaient des chansons

Napolitaines

§

§       §

Tache de soleil

Sur le mur de la chambre

…et ton sourire

§

§       §

A la fenêtre,

Deux perruches en cage,

Plumes ébouriffées

§

§       §

Pin vénérable

Devant la maison fermée

Attendant l’été

§

§       §

Les lucioles,

Couleur de lune, dansent

Frôlant l’eau fripée.

 

Lastirokoi © 2012

Sèvres,  26 Mars 2012

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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 22:10

La coccinelle

D’ivoire rouge à points noirs

Lancée par hasard

§

§       §

Rayon de soleil

A la surface du thé

Un soir de printemps

§

§       §

Souche d’arbre mort,

Epave qui dérive

Entre les saisons

§

§       §

C’est le soir, rouge,

Sabre luisant, kimono

Fleuri ; c’est la nuit

 

Lastirokoi © 2012

Jardin de Sèvres

25 mars 2012

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Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 18:11

Sous le pont de bois,

Dame musaraigne dort :

Rêve d’étoiles

§

§       §

Face à la fourmi,

Danse jusqu’aux nuages

Un épi de blé

§

§       §

Bientôt le soleil

Passera derrière le toit :

Place aux étoiles

§

§       §

Du crépuscule

Vient l’ombre frileuse

Par le vent, portée

§

§       §

Bientôt la nuit

Efface l’or d’un soleil.

Quinquet d’étoiles

 

(Dans le jardin / 24 mars 2012 /Après midi splendide)

LAST IROKOI © 2012

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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 22:51

Soleil de décembre

Jetant sur la plage hallucinée,

Sa lumière d’éclipse gelée.

 

Soleil de décembre

Au regard vide,

Caressant indolent,

La dune grise,

Hanche déformée

D’une vieille femme usée.

 

Soleil de décembre,

Amant fatigué,

Lanterne vénitienne

Eteinte de trop d’étreintes

 

Soleil de décembre,

Sombre quinquet

Sur le pavé d’une ruelle

Ou s’est pendu,

Au bras d’un réverbère

Bleu d’une lune d’hiver,

Un poète rendu fou

Le matin même

Par le soleil…

 

Soleil de décembre...

Lastirokoi © 18 décembre 2011

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Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 22:59

AN ANGEL WITHOUT WINGS IS STILL AN ANGEL BUT A DEVIL WITHOUT HORNS OR TAIL IS PROBABLY NOT A DEVIL

Un ange sans aile est encore un ange mais un diable sans corne ni queue n'est probablement pas un diable

 

(Cette phrase n'est, malheureusement pas de moi mais, je l'ai trouvé dans le couloir des lavabos d'un restaurant à Boulogne Billancourt et je la trouve superbe)

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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 22:55

Allongé dans un tiroir,

Qu’est ce qu’un corps ?

Et de la morgue donc…

(Là ou l’on ne crane plus)

Oui, de la morgue aux grandes orgues

Si rares aujourd’hui,

Te deum de plastique sur un I Phone périmé…

De la morgue aux grandes orgues donc

Juste l’espace d’un instant, une éternité.

 

Oui ? Du tiroir à la caisse

Et de la caisse à la fosse

Sans tambour, ni trompette

Sans orchestre

Au son d’un CD d’orgues rayé….

Du tiroir à la fosse donc,

Juste l’espace d’un instant, une éternité.

 

Si le couvercle est faussé

Et s’il baille, s’il baye aux corneilles,

Corneilles, corbeilles, corbillard

Pour cadavre sans maitre,

S’il y a du jour dans la caisse

Car le couvercle est faussé

C’est un vampire allongé,

 

Hermétique ? Une star…

Vieille vamp…

Ou jeune…

Ca dépend :

Est-on vieille à 27 ans ?

 

Eteignez les lanternes,

Etouffez les bougies,

Nuit noire sur le catafalque…

Qu’est qu’un corps ?

Catalepsie, l’espace d’un instant,

Une éternité.

Sac de bidoche, souvent avarié…

Qui veut d’un Bidochon abimé ?

 

Masque de cire et tragique des rides ;

Comédien ou dernier tour de piste

Mais c’est un clown alors ?

Un garçon de piste habillé comme…

Comme qui déjà ?

Ah oui, comme Lennon au dernier jour de sa vie.

Non monsieur, comme Lennon, UN jour…

Un jour dans Sa vie.

 

Complice de la vamp à la faux,

La mort est un rideau qui tombe

Pathétique

Alors que la pièce n’est pas encore terminée…

Et la vie, un entracte…

Entre deux infinis, définitifs néants.

 

Qu’importe, à la vie, à la mort

Et à ceux qui démontent,

Les éphémères tréteaux

De nos décors

 

Mais enfin… qu’est qu’un corps?

 

Merde…

Mardi, j’ai 60 ans…

Déjà ? C’était hier

Déjà ? vous êtes certain ?

Merde alors…

 

LAST IROKOI © 2011

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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 08:34

soudain au matin

 

deux orchides rouge sang

 

a flanc de beton

 

lastirokoi c 2011

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Samedi 16 juillet 2011 6 16 /07 /Juil /2011 18:43

FLOCONS DE NEIGE

 

SONT ETOILES EPHEMERES

 

AU CIEL D’HIVER.

 

LAST IROKOI © 2011

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Dimanche 12 juin 2011 7 12 /06 /Juin /2011 12:53

bird

 

COPIE D'ESTAMPE

chateau d'Osaka

aquarelle / mars 2010

lastirokoi c 2010

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Dimanche 12 juin 2011 7 12 /06 /Juin /2011 12:43

monts d osaka

OSAKA

(la banlieue vue du train)

 

aquarelle : mars 2010

lastirokoi © 2010

 

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Lundi 4 avril 2011 1 04 /04 /Avr /2011 21:52

« Une heure de moins à tuer » est une pièce en V actes écrite durant l’hiver 2011.

Afin de vous aider à la lire, j’ai mis en ligne cette page de liens qui vous permettront d’accéder facilement aux différents actes et ainsi de ne rien perdre de cette énigme policière :

 

·         ACTE I

·         ACTE II

·         ACTE III SCENE I

·        ACTE III SCENE II

·         ACTE IV SCENE I

·         ACTE IV SCENE II

·         ACTE V SCENE I

·         ACTE V SCENE II

·         ACTE III SCENE III

 

BONNE LECTURE 

SEVRES LUNDI 4 AVRIL 2011

J.C.FAMCHON©2011

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Lundi 4 avril 2011 1 04 /04 /Avr /2011 21:43

Scène III

 

Marie: (effarée) Mais alors vous n’avez rien compris. Strictement rien … (Un temps) C’est incroyable ! Vous avez raison : c’est ridicule ! C’est pitoyable ! (Un temps) Vous voulez savoir la vérité, la vraie vérité ?…

 

Le Juge : Sur quoi Marie ?

 

Marie : Sur moi… Vous voulez savoir qui je suis vraiment ? Je vous préviens… Ce n’est pas bien beau… (Un temps) Je vais briser vos rêves, Monsieur Le Juge…

 

Elle se lève et va à la fenêtre. Elle regarde dehors et lui parlera en lui tournant le dos

 

Marie : Désolé, Monsieur Le Juge, je ne suis pas la jeune femme que vous avez décrit (un temps) je le regrette. (Un temps) Je suis ce que l’on appelle une salope, Monsieur Le Juge… J’ai des circonstances atténuantes, c’est vrai… mais cela n’empêche rien : je suis tout de même une salope… (Un temps) C’est vrai les dix premières années de ma vie furent tristes… Mais plus que cela… Ce furent des années où ma haine s’est formée… (Un temps) Je me suis mis à haïr… non pas mon père… mais l’ambiance dans laquelle je vivais, cette espèce d’énervement quotidien, d’angoisse de la seconde qui suit… Vous comprenez maintenant pourquoi pour moi la haine n’est pas le contraire de l’amour… La haine, la vraie haine, ne s’adresse pas aux êtres humains mais aux choses, aux temps, aux événements que l’on vit… (Elle attend une réponse qui ne vient pas)…Non, vous ne comprenez pas ?… (Un temps) Quand je suis arrivé chez les Hart, quand j’ai débarqué plutôt, comme on débarque sur la lune… c’est la propreté, la beauté de cet appartement peuplé de gens polis et silencieux que je me suis mis à haïr… Haïr au point qu’il fallait que je casse tout cela,  un peu comme quand je cassais le jouet ou la poupée que mon père, un peu dessoulé et repentant, allait m’acheter… Vous voyez : Ce n’est pas mon père que je haïssais mais la poupée…

 

Le Juge : Cela revient au même, Marie : en cassant la poupée, vous vouliez atteindre votre père…

 

Marie : (Continuant sans paraître avoir remarqué l’intervention du juge) Allan n’était pas pédophile. Il aimait sa femme… C’est plus tard qu’il s’est mis à cavaler après tout ce qui bougeait… Disons que c’est moi qui l’ai fait devenir pédophile… (Un temps) j’avais 13 ans, j’étais mignonne, des petits seins qui poussaient durs et sensibles et des poils qui frisottaient sur mon pubis… et des drôles d’envies qui me prenaient n importe ou et n’importe quand, le jour ou la nuit… Toutes les petites filles dans ce cas là se touchent, … Cela leur permet d’attendre 2 ou 3 ans, le temps de trouver celui qui passera le premier… (Elle s’interrompt et se retourne) Pardon, je vous choque, Monsieur Le Juge… Les petit garçons font pareils non ? (elle se retourne vers la vitre) Moi j’avais déjà compris que pour une fille, le sexe était une force, une arme et j’ai décidé de me servir de cette arme pour faire voler en éclat leur joli bonheur…

 

Le Juge : C’est horrible…

 

Marie (se retournant) : N’est ce pas ?... Et encore, attendez : le plus beau ou plutôt le plus laid, reste encore à venir… A moins que vous préféreriez que j’arrête ? Que je me taise ?...

 

Le Juge : (voix blanche) Non, continuez…

 

Marie : J’avais remarqué que lorsque je me promenais devant lui juste avec une petite culotte, la poitrine à l’air, sa voix changeait ; il rougissait ; il n’était plus le même… Alors, avec cet instinct de femelle, (Les petites filles sont redoutables vous savez ?) un matin alors qu’il était sous la douche, je suis entré dans sa salle de bain… Il était nu et il était beau. Je me suis approché de lui les seins à l’air et j’ai vu son sexe se dresser. Je l’ai pris dans ma bouche. Il a joui quelques secondes après… (Un temps) C’est moche ce que je dis, non ? (Elle ne lui laisse pas le temps de répondre) J’ai recommencé tous les jours qui ont suivi. Un matin, je l’ai forcé à s’asseoir sur le bord de la baignoire et c’est moi qui l’ai violé… (Un temps) Je devais être douée car on parle souvent de douleurs quand l’hymen se déchire… Rien de tel pour moi. On a pu recommencer le lendemain et encore le lendemain… Et ainsi de suite. Il y prenait goût même s’il ne cessait jamais d’avoir peur … peur de se faire surprendre par sa femme…

 

Silence

 

Le Juge : Et vos parents ?

 

Marie (Sans se retourner, dédaigneusement) Question idiote : mes parents ne devaient même pas se souvenir de mon existence… (Un temps) Et puis, je suis tombé enceinte…

 

Le Juge : (surpris) Quel âge aviez vous ?

 

Marie : 14 ans…

 

Le Juge : (atterré) 14 ans ? Mais, vous étiez une enfant…

 

Marie : A 14 ans, une fille n’est plus une enfant, Monsieur le Juge. (Un temps) J’étais enceinte de jumeaux

 

Silence

 

Le juge : Est ce que je comprends bien, Marie ?

 

Marie : Oui, Monsieur Le Juge, vous comprenez parfaitement bien: Je suis la mère biologique de Feres et Mermes Hart… (Un temps. Ironique) Vous aviez bien fait le lien entre cette histoire et Médée mais vous vous êtes arrêté en chemin… les deux fils que Médée a eu avec Jason s’appelaient « Pheres » et « Mermeros ». On a un peu francisé ces prénoms pour ne pas avoir de problème avec l’état civil… Au début, quand je lui ai parlé du retard de mes règles, Allan n’y a pas cru. Il se moquait de moi en me traitant de bébé… Mais quand il a vu mon petit ventre devenir tout rond si rapidement, il a paniqué. Il voulait que j’avorte. J’ai refusé… Il voulait que je parte accoucher à l’étranger en me suppliant de ne rien dire à sa femme... Et naturellement, c’est moi qui ai tout dit à Florence…

 

Le Juge : Et…

 

Marie : Et elle avait déjà compris. Il y eu une scène ce soir là, encore plus pénible que celles de la maison… tout s’est passé en silence… je revois encore Florence, séchée et noircie par le chagrin et ce gros con de Allan qui a essayé de la prendre dans ses bras… Moi, je jouais à la petite fille qui ne comprenait rien et qui a été abusée. (Un temps) Florence n’arrivait pas à avoir d’enfant ; elle avait fait plusieurs fausses couches dont une à 6 mois qui a failli la tuer… (Un temps) C’est elle qui a trouvé la solution. J’accoucherai des enfants en Espagne et c’est elle qui serait leur mère pour l’Etat Civil… ainsi fut fait…

 

Le Juge : Et personne n’a rien vu ?

 

Marie : Qui s’intéressait à moi ? Personne… Si vous aviez… ou plutôt si la justice avait été aussi précise que vous le prétendez, elle se serait étonnée de mon absence de 6 mois en pleine année scolaire, au collège… pour une primo infection… Et quand cette même justice a ordonné qu’on m’examine des pieds à la tête, y compris sur le plan gynécologique, personne n’a décelé que j’avais déjà eu des enfants… (Un temps) Tiens : vous qui vous souciez de la qualité de la nourriture en prison  vous feriez mieux de surveiller les médecins qui examinent les prisonnières…ils n’y connaissent rien, se rincent l’œil et font très mal… (Un temps) Quant à vos tests ADN… vraiment de la fumisterie… ou plutôt fais et interprétés par des incompétents. Je ne suis même pas certaine qu’on les ai pratiqué sur les jumeaux… (Un temps) Pour cela aussi je devais être douée… L’accouchement s’est déroulé sans aucun problème, par voies naturelles et en un rien de temps … les sages femmes de la clinique n’en revenaient pas. Florence a récupéré les gamins. Personne n’y a vu que du feu…

 

Silence

 

Le Juge : Et après ?

 

Marie : Quoi après ?

 

Le Juge : Vous êtes restée avec eux

 

Marie : Ou vouliez vous que j’aille ?

 

La juge : Je ne sais pas, moi… chez votre grand père

 

Marie : Laissez mon grand père en dehors de tout cela…

 

Le Juge : Mais tout de même : vous aviez conscience que ce n’était pas une situation…

 

Marie : Normale ? Pas plus anormale que celle de ces familles recomposées où une mère divorcée impose brutalement à ses enfants, un homme qu’ils n’ont pas choisi et avec qui pourtant ils devront vivre que cela leur plaisent ou non… (Un temps) Je n’ai pas la fibre maternelle. Ces 2 petits braillards n‘ont pour moi jamais été plus que des tumeurs, des cancers qu’on m’avait introduit dans l’utérus. J’étais bien heureuse d’en être débarrassée. Ils allaient me permettre de poursuivre mon travail de destruction de la famille Hart. Florence a joué son rôle de mère ni plus, ni moins. Pour ce qui me concerne, les gosses me considéraient comme la sœur ainée qui n’hésitait pas à donner des claques quand cela n’allait pas ou qu’elle était énervée. Hart, lui, à ma grande surprise, s’est amouraché des gamins. ; Il les adorait : Un vrai papa gâteau… sans cesse à jouer avec eux ou a leur raconter des histoires.

 

Le Juge : Et entre Hart et Florence

 

Marie : J’ai été étonnée. Je crois qu’elle lui a pardonné ou tout au moins qu’elle a accepté la situation. Elle l’aimait, elle l’aimait passionnément. Hart était vraiment un bel homme. Ne vous fiez pas aux photos du dossier ; il n y a que dans la dernière année de sa vie qu’il s’est mit à grossir, à cause de l’alcool sûrement

 

Le Juge : Et Florence, avec vous ?

 

Marie : Charmante. Je crois qu’elle me considérait un peu comme une sœur ou une cousine… Effectivement c’est elle qui, par ses conversations, m’a donné le goût des lettres anciennes et surtout de la mythologie grecque. Quand il a fallu choisir une orientation pour la fac, c’est tout naturellement que j’ai choisi celle-ci sous ses conseils (Un temps) Elle n’était pas jalouse de moi. Je dormais 2 ou 3 fois par semaine avec Hart…. Et c’est elle qui m’a emmené chez le gynécologue pour la pose de mon premier stérilet. La seule chose qu’elle a refusé, c’est de faire l’amour tous les trois ensemble. (Un temps) Vous voyez : les choses se passaient merveilleusement bien : sans drame, sans cri… Trop bien et pas assez rapidement pour moi. (Un temps) Pas trop écœuré, Monsieur Le Juge ? Je vous avais prévenu : ce n’est pas bien beau tout cela. (Un temps) Vous savez ce que sont les soirées pyjama ?

 

Le Juge : J’avoue que…

 

Marie : (sans lui laisser finir sa phrase) Un conseil, Monsieur Le Juge : ne laissez jamais la fille que vous aurez un jour, participer à ce genre de chose. Ce sont des soirées que les petites filles organisent et où chacune amène son pyjama car il est convenu qu’après le repas et les jeux vidéo, les invités restent dormir… (Un temps) Après l’extinction des feux, au mieux, elles vont se caresser un peu entre elle mais s’il y a dans la maison un grand frère ou même un père un peu… cela dégénère … Vous comprenez ? Vous n’avez pas connu cela ?

 

Le Juge : Non, Marie, je n’ai pas connu cela

 

Marie : Vers 15 ans, j’ai organisé ce genre de soirée en invitant 4 ou 5 copines et systématiquement j’appelais Hart… (Un temps) Florence a sifflé la fin des réjouissances… non pas par jalousie… simplement parce qu’elle craignait des problèmes avec les parents des filles… (Un temps) J’ai tout de même continué à lui présenter systématiquement toutes mes amies et systématiquement, il les déniaisait… (Un temps) Le temps a passé. C’est vrai : j’étais une très bonne élève. J’ai eu mon bac et je suis rentré à la Sorbonne avec 3 ou 4 ans d’avance. J’ai eu énormément d’aventures dans un seul but : faire souffrir le maximum d’amoureux. Je crois qu’au moins un d’entre eux s’est tué à cause de moi. C’est dingue : la police m’avait interrogé à l’époque mais vous ne semblez pas avoir eu connaissance de cet… incident

 

Le Juge (très froid) Non, en effet ; Je n’ai rien vu au dossier.

 

Marie : Ce n’est plus un dossier : c’est un désert… (Un temps) Tout a changé brusquement quand j’ai présenté Maryline à Hart. C’était en seconde année de Fac. Nous avions 18 ans toutes les deux. Elle était aussi blonde que moi j’étais brune et lorsque nous allions en boite de nuit, nous étions entouré d’une foule de males qu’on s’amusait à affoler… (Un temps) Au premier coup d’œil, j’ai compris qu’entre eux ce serait la passion, la très « hot » passion… et cela l’a été… (Un temps) ils ne se quittaient plus et tous les soirs, Hart inventait mille excuses pour ressortir et la retrouver.

 

Le Juge : Cette passion était partagée ?

 

Marie : Oui, je crois. Maryline avait l’air vraiment pincée

 

Le Juge : Elle savait pour Hart et vous ?

 

Marie : Non, bien sur que non. Hart m’avait fait jurer de ne rien dire… Je n’ai rien dit. J’avais autre chose en tête… (Un temps. Très froide) J’ai prévenue Florence…

 

Le Juge : Elle avait l’habitude des….

 

Marie : Oui, mais je l’ai prévenue que cette fois ci c’était sérieux : Je lui ai dit qu’il voulait la quitter pour vivre avec elle

 

Le Juge : Elle vous a cru ?

 

Marie : Oui bien sur. Il fallait le voir avec sa mine de conspirateur…

 

Le Juge : Et il serait parti ?

 

Marie : Hart ? Bien sur que non…

 

Le Juge : Je ne comprends plus… c’était une passion… une passion partagée d’après vous et…

 

Marie : Vous ne comprenez décidemment pas grand-chose à ces histoires Monsieur Le Juge. Maryline était une très belle pouliche qui faisait superbement l’amour mais Florence était une femme d’une intelligence supérieure et d’une finesse remarquable. Il avait besoin d’elle dans sa vie et dans son métier : C’est elle qui avait le goût, le talent des aménagements intérieurs : lui n’était qu’un exécutant.

 

Le Juge : Et pourtant elle vous a cru quand vous lui avez dit que…

 

Marie : Elle m’a cru surtout quand je lui ai dit qu’il avait mis Maryline enceinte et que c’était elle qui exigeait que le père de son enfant vive à ses cotés. Elle connaissait l’amour d’Allan pour les gosses. C’est pour cela qu’elle a cru qu’il partirait

 

Le Juge : C’était vrai ? Elle était enceinte ?

 

Marie : Oui, il avait mis enceinte cette petite pimbêche. Elle a avorté au 5 ème mois. J’étais en prison et Hart venait de se suicider.

 

Le Juge : vous pensez que…

 

Marie : Oui, Monsieur Le Juge, oui. Elle a perdu l’enfant parce que Hart venait de se tuer. (Un temps) Et cela ne m’a pas fait de peine.

 

Le Juge : Que Hart se tue ?

 

Marie : Non, qu’elle perde son enfant…

 

Long et lourd silence

 

Le Juge : Je pense qu’à ce point de …l’histoire, je suis capable de reconstituer l’ensemble des faits… Vous persuadez Florence que Hart, qu’elle aime toujours en dépit de tout, est sur le point de la quitter et ce d’autant plus que sa maitresse attend un enfant de lui. Vous la manipulez en lui rappelant le mythe de Médée qui était dans la même situation qu’elle : le seul moyen de faire souffrir Hart autant qu’elle souffrait elle, était de tuer ses enfants qu’il adore… c’est cela ?

 

Marie : oui, c’est cela Monsieur Le Juge.

 

Le Juge : pourtant dans le mythe, c’est la mère, Médée, qui tue... Or Florence, n’est pas la mère biologique des enfants. C’est vous

 

Marie : Disons que j’ai tué par procuration… je suis plus intelligente que Médée ; la justice des hommes ne peut rien contre moi

 

Le  juge : (Poursuivant) : Logiquement, la maîtresse de Hart aurait du mourir également

 

Marie : Elle devait, Monsieur Le Juge, elle devait mourir cette nuit là aussi…

 

Le Juge : Et…

 

Marie : C’était moi qui devais m’en charger. C’était même le signal qui devait déclencher la tuerie pour Florence : un appel téléphonique dès que j’aurai fait le nécessaire…

 

Le Juge : Vous n’avez pas appelé et pourtant…

 

Marie (le coupant) : Si…Si, j’ai appelé…

 

Le Juge : C’est impossible : la police scientifique a étudié tous les portables et tous les appareils filaires de la maison… aucun appel n’a été reçu cette nuit là.

 

Marie : je n’ai pas dis que Florence devait décrocher et répondre… trois sonneries étaient le signal et encore l’ai-je appelé du portable d’un mec qui a cru que c’était arrivé. J’ai sonné chez mes parents dont je savais l’appartement vide… On entend très bien d’un appartement à l’autre.

 

Silence

 

Le Juge : Vous pourriez être accusé de complicité.

 

Marie : Non, cette audition n’est pas officielle et encore une fois, il n’existe aucune preuve tangible…

 

Le Juge : Vous n’avez pas tué la maîtresse de Hart… pourquoi ?

 

Marie : Pourquoi la tuer ? C’était les Hart que je voulais détruire : le sort de cette buse ne m’importait nullement.

 

Le Juge : Quand vous êtes rentrée à 3 heures, vous saviez que tout le monde était mort dans l’appartement ?

 

Marie : En tout cas je l’espérais.

 

Le Juge : Pourquoi avoir attendu presqu’une heure avant de « découvrir » la boucherie et de donner l’alarme ?

 

Marie : Faire l’amour avec Allan à deux pas du cadavre de ses enfants et de celui de sa femme était… excitant… Je n’ai jamais ressenti d’orgasmes aussi forts que cette nuit là… J’ai vraiment compris ce qu’à ressenti Médée…

 

Le Juge : (horrifié) c’est de la folie…

 

Marie : Oui, Monsieur le Juge…je suis folle… mais je n’ai tué personne

 

Le Juge : Pourquoi avoir tout cassé dans l’appartement ? Vous avez aidé Hart à le faire

 

Marie : Non, je n’ai touché à rien. (Un temps) Allan était comme fou de douleur. Heureusement il n’a rien compris ; il n’a pas compris mon rôle exact dans l’histoire… Je crois qu’il m’aurait tué… (Un temps) En fait, il ne voulait pas qu’on accuse Florence du meurtre. Il voulait la préserver ; il l’aimait, il l’aimait toujours (un temps) Mais à cause de ce foutu changement d’heure, les flics ont pataugé et je me suis retrouvé en prison.

 

Le juge : Ce soir là, vous avez vraiment perdu connaissance et les jours qui ont suivi, vous aviez réellement perdu la mémoire ?

 

Marie : Disons que je suis une excellente comédienne, Monsieur le Juge.

 

Silence

 

Le Juge : Vous ne vous êtes pas beaucoup défendu. Pourquoi ne pas avoir dit ce que vous saviez sur Florence ?

 

Marie : Parce que moi aussi j’aimais Florence, Monsieur Le Juge

 

Le  juge : Vous l’aimiez mais vous avez tout fait pour détruire sa famille, son bonheur et vous y êtes arrivée…

 

Marie : Vous ne comprendrez jamais rien aux héroïnes de la Grèce antique, Monsieur Le Juge (un temps) Florence et moi étions de la même race. A ma place, elle aurait fait exactement la même chose que moi. (Un temps) Croyez-moi : je n’étais pas présente mais je suis certaine que sa main n’a pas tremblé quand elle a tué les deux enfants…

 

Silence.

 

Le Juge : Pourquoi avoir accusé Allan de viols 2 mois après les meurtres ?

 

Marie : J’ai appris qu’il était parti s’installer chez Maryline … j’ai témoigné et vous l’avez fait arrêter…

 

Le Juge : Et il s’est suicidé…

 

Marie : Ce qui a provoqué l’avortement de la dinde : cela prouve qu’il y a une justice divine.

 

Le Juge : Si Allan n’avait pas vécu avec son amie, vous n’auriez pas porté plainte

 

Marie : Non, bien sur

 

Le Juge : Pourquoi ?

 

Marie : Décidemment, Monsieur Le Juge, vous ne comprenez rien.

 

Le Juge : Ce n’est pas une réponse, Marie

 

Marie : Parce que je l’aimais, Monsieur Le Juge… J’aimais Allan autant que Médée aimait Jason…

 

Long silence

 

Le Juge : Vous connaissez la signification du « j » dans les prénoms de Hart… Allan.J.Hart ?

 

Marie (étonnée) : Non, je ne sais pas ? Je ne savais même pas qu’il avait un second prénom

 

Le Juge : Tout le monde en a un Marie.

 

Marie : Je n’ai jamais fais attention…Quelle importance ?

 

Le Juge : Jason… Allan Jason Hart…

 

Marie regarde le juge… Long silence.

 

Marie : D’autres questions, Monsieur Le Juge ? Il est presque 5 heures et je suis épuisée

 

Le Juge : Non, Marie, je n’ai plus de questions…

 

Marie : Il est bien compris que je ne répéterai pas cette… confession devant témoins…

 

Le Juge : C’est aussi comme cela que je l’entendais, Marie.

 

Silence

 

Marie : Je vous écœure ?

 

Le Juge : Non. (Un temps) Je vous plains…

 

Marie (hurlant presque) : Je n’ai pas besoin de votre pitié… (Un temps) Excusez-moi ; je suis épuisée

 

Le Juge : Ce n’est rien…Demain soir, vous serez libre.

 

Marie (haussant les épaules) Libre…

 

Le Juge : Oui, libre (Un temps) Qu’allez vous faire de cette liberté, Marie ?

 

Marie : Dans la légende, Médée, quand tout est fini, est enlevée dans les airs par un char tiré par 4 dragons. Elle devient la femme du roi d’Athènes…

 

Le Juge : Croyez-vous qu’elle ait trouvé, sinon le bonheur, mais tout au moins la sérénité à Athènes ?

 

Marie : Je le souhaite, Monsieur Le Juge, je le souhaite… mais je n’y crois pas.

 

Silence

 

Le Juge : Moi non plus, Marie, je ne le crois pas…

 

(Un temps)

 

Marie : J’avais pris deux allés simples pour le Chili…

 

Le Juge : Deux, pourquoi deux ?

 

Marie : Le second était pour Allan

 

Silence

 

Le Juge : Vous l’aimez toujours ?

 

Marie : Oui, bien sur, je l’aime ; je l’aime toujours et je l’aimerai jusqu'à ma mort.

 

Un temps

 

Le Juge : Qu’allez vous faire au Chili ?

 

Marie : Il faut bien vivre quelque part… Pourquoi pas le Chili ?

 

Le Juge : Oui, pourquoi pas… (Un temps) Marie…

 

Marie : oui, Monsieur le juge ?... Mais je vous préviens : la réponse va être non… Inutile de poser la question.

 

Silence

 

Le Juge : Pourquoi, Marie ?

 

Marie : c’est Allan que j’aime

 

Le Juge : Mais il est mort…

 

Marie : Pas pour moi… (Un temps) Je suis la femme d’un seul homme.

 

Le juge : Je ne vous demande pas de m’aimer.

 

Marie : Que voulez vous alors,

 

Le juge : Vous voir vivre…

 

 Marie : Vous voulez me voir vivre ? (Un temps) Ce n’est pas beau une femme qui souffre comme une bête… (Un temps) Et puis, il y a la frontière…

 

Le juge : Quelle frontière ?

 

Marie : C’est vous qui en parliez tout à l’heure : cette infranchissable frontière qui nous sépare à jamais…

 

Le Juge : Personne ne nous connait là bas… le Chili, c’est un autre monde… un autre temps… nous changerons de nom…

 

Silence

 

Marie : Non, c’est impossible… je suis désolée.

 

Le Juge : C’est uniquement à cause d’Allan?

 

Marie : Oui, c’est à cause d’Allan…

 

Le Juge : Et s’il n’y avait pas eu Allan ?

 

Marie : S’il n’y avait pas eu Allan, je ne serai jamais entré dans ce bureau et nous ne nous serions jamais rencontrés

 

Un temps

 

Le Juge : (souriant) Sur un cours de tennis, peut être...

 

Marie (souriant à son tour) je ne vous aurai pas intéressé, monsieur le Juge ; Moi, je couche dès la première nuit. (Un temps) … Je suis fatiguée… Je vais aller me reposer.

 

Elle se dirige vers la porte. Elle frappe à la porte. Il est resté figé à son bureau. 5 Heures sonnent à l’église. La porte s’ouvre ;

 

Marie (se retournant) : Merci, Monsieur Le Juge. (Un temps) Adieu

 

Le Juge : Non, Marie, à demain… à demain, 10 heures…

 

Elle sort. Le Juge reste seul…il va à la fenêtre et regarde longuement la Seine puis toujours aussi lentement, il retourne à son bureau et décroche le téléphone. Il appuie sur une touche. Sonneries qui résonnent dans la nuit… enfin cela décroche : c’est un répondeur téléphonique

 

« Bonjour, vous êtes bien sur le portable d’Isabelle. Mais je ne peux vous répondre pour le moment. Laissez-moi un message après le bip et je vous rappellerai. »

 

Le bip résonne.

 

Le Juge : C’est moi, Isa. Je veux juste te remercier. Je suis enfin venu à bout de l’affaire « Hart » et c’est en grande partie grâce à toi, grâce aux informations que tu m’as communiquées cette nuit. (Un temps) Je vais rendre une ordonnance de non lieu à 10 heures ce matin. (Un temps) Dis à Santos que les charges qui pouvaient être retenues contre… Marie, tombent compte tenu des circonstances. Encore merci, Isabelle… (Un temps) Ah, une dernière chose… je ne serai pas présent dans mon bureau demain après midi… ni demain, ni dans les jours qui vont suivre du reste. Cette affaire m’a épuisé. Je vais demander ma mise en disponibilité à partir de demain midi pour… pour je ne sais combien de temps…J’ai besoin de… souffler un peu et… (Un temps) Non, je te mens, Isabelle…La vérité est que je n’ai pas envie de reprendre notre histoire. (Un temps) Tu n’es pas en cause… Je te l’ai dis : je ne t’en ai jamais voulu… tu as fais ce que tu devais faire au moment où il le fallait… je le regrette bien sur mais… la vie est pleine de « mais »... Tu as avancé sans moi … et tu t’es mariée… tu es mariée à quelqu’un qui ne te conviens pas, à quelqu’un qui ne te correspond pas… et donc tu as saisi le premier prétexte venu pour renouer contact avec moi, renouer ce que tu avais défait voila 6 mois… (Un temps) Tu t’ennuies dans la vie, Isa, tu t’ennuies dans ta vie. C’est sans remède… On m’avais dit que tu reviendrais un jour ou l’autre vers moi… et hier encore j’aurai sauté de joie à l’idée de reprendre les … choses là où nous les avons laissées… oh, tu sais… je pense que c’était un peu égoïste de ma part : quand nous parlions, quand tu me demandais sur 1000 choses, mon avis, j’avais l’impression de servir un peu à quelqu’un et ce quelqu’un c’était toi… j’étais fier… oui, il y a quelques jours sûrement, j’aurai fais une chose que de ma vie je n’ai faite : j’aurai sauté de joie… (Un temps) Et puis il y a eu cette nuit… cette horrible et merveilleuse nuit… (Un temps) Horrible parce que comme toujours je suis entré à pleine main dans l’humain et même dans ce que l’humain à de plus sordide. Ce que j ai trouvé cette nuit est encore pire que d’habitude. C’est horrible, laid, insoutenable, inhumain… (Un temps) Mais cette nuit fut merveilleuse parce qu’au milieu de l’horreur, j’ai trouvé quelques chose de… surnaturel… de beau, de grand, d’étrange et de magique… un peu comme si au milieu des ordures, j’avais trouvé un diamant… ce diamant là est sombre et noir comme la nuit… il a des reflets de flammes ….Mais je me damnerai pour qu’on éprouve pour moi ne serait ce qu’ un court instant cette …passion, cette passion pour l’Autre…(un temps) j’ai vu, j’ai ressenti, j’ai senti de toutes les fibres de mon corps, l’amour que cette femme ressentait pour un homme, pour un mort. (Un temps) Et c’est au nom de cet amour monstrueusement démesuré que cette femme était prête à tout … à mentir, à tricher, à voler, à se prostituer, à tuer… à tuer ses propres enfants… (Un temps) Tu n’es pas en cause, Isa, je te l’ai dit… mais je ne serai plus jamais capable d’aimer « normalement »… je suis désolé… (Un temps) Je vais partir, Isabelle… je pars dans quelques jours de l’autre coté de l’Atlantique, retrouver quelqu’un… (Un temps) Cette… personne ne m’aimera jamais ; j’en suis certain… Jamais, elle n’éprouvera la millionième partie de ce qu’elle éprouve pour … ce mort. C'est-à-dire pour quelqu’un de sacré, de sacralisé à jamais, pour quelqu’un contre qui je ne pourrai jamais rivaliser, me battre. La mort l’a rendu parfait, intouchable à jamais. Jamais elle ne m’aimera et pourtant, c’est elle que je rejoins… je ne suis même pas certain d’éprouver pour elle cette passion brûlante qui l’anime. (Un temps) Est ce que je l’aime seulement ?… Oui sûrement pour lui sacrifier ma carrière et la vie confortable que je mène a Paris… Mais serai-je capable de tuer pour elle ? De trahir ? De voler ? (Un temps) Je suis incapable de répondre à cette question (Un temps). Alors pourquoi la rejoindre pour vivre cette histoire sans espoir ? Pour la voir vivre lui ai-je dis… mais plus sûrement encore pour voir, pour sentir comme un parfum de fleurs venimeuses, cette passion, pour m’en réchauffer comme on se réchauffe au coin d’un âtre… pour m’en repaître comme un vampire, pour y puiser un peu de vie, un peu de sève et, peut être, espérer qu’un jour…. (Un temps) Rien… (Un temps) Voila Isabelle… Désolé, j’aurai décidément tout raté…je ne serai jamais ton compagnon, encore moins ton mari… et tu va perdre ton confident… la seule chose que je te promets, c’est de rester ton ami…Quoiqu’il se soit passé, tu es toujours dans mon cœur, à jamais et de loin, je te protège, je veille sur toi… (Un temps) tu es quelqu’un de bien, Isabelle (un temps)… Adieu (un temps) Tache d’être heureuse… (Un temps) Largue-le…

 

Le juge appuis sur le bouton. Voix de synthèse.

 

« Pour réécouter votre message, appuyez sur la touche dièse… une fois votre message enregistré, vous pouvez raccrocher »

 

Le juge raccroche… Il se lève, prend une chemise, se lève et se dirige vers la porte. Il ouvre la porte… lumière blafarde et administrative du couloir. Il éteint la lumière du bureau, sort et referme la porte derrière lui.

 

Noir.

Par lastirokoi - Publié dans : reflexions sur le theatre - Communauté : Pensées d'ailleurs
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