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Etrange palais

Entre Venise et Padoue,
Sous les étoiles,
Les lustres de cristal.
 
Bal des masques,
Cotillons de carnaval
Où dansent, Macabres,
Spectres, squelettes et momies,
Morts joyeux et consternants defuncts
Cadavres défaits.
 


Les revenants s’amusent.
C’est le bal des cimetières,
Raout requiem
Où l’on voit sous les cyprès,
Discuter des gisants de pierre.
 
Bientôt s’invitent les gracieuses dépouilles
Fières et solitaires,
Enveloppées dans le velours de leur linceul,
Le temps d’une valse,
D’un mambo funéraire.
 
Autour du bassin éclairé de chandelles,
Molière parle avec Goldoni
D’une Colombine croisée peu avant
De la courbe de son sein,
De sa fine cheville.
 
Plus loin, Erasme, solitaire, regarde dans la mare,
La soie repliée d’un nénuphar
Qui se protége dans la nuit.
Delacroix s’arrête et regarde près de lui
Ce mauve soupir
Imaginant déjà le tableau
Qu’il commencera demain
 
Assis sur les marches du perron,
JFK, Pâles comme un vampire,
Gratte une guitare sans corde.
Homère l’écoute en silence.
 
Concert muet, musique de mort,
Mozart n’a pu venir composer
Sa messe
Ni Béjart, son ballet.
 
Assis dans un fauteuil de velours gris,
Près de la cheminée de l’antichambre,
Caroline, la mère de Baudelaire,
Demande, anxieuse, à Ronsard et Du Bellay :
« C’est vrai ? Vous êtes surs ??
Vraiment sur ?
Il avait du génie, mon fils ? »
Tandis qu’Aristophane, seul dans son coin,
Chauffant au feu, ses pieds
Marmonne quelque chose
Qui se perd dans sa barbe.
 
Et Machiavel joue aux échecs avec De Gaulle,
Rostand triche aux dés avec Lénine
Pendant que Luther King, Gengis khan et saint François d’assises
Tentent de convaincre maryline
De faire la 4ème au bridge
 
Et cela danse et cela valse
Et cela tangue et virevolte
Sur le parquet du grand salon.
Vivants, il y aurait des rires ;
Morts, ce sont des murmures.
 
Silence de marbre, implacable mausolée
Où trône, majestueuse,
La vieille à la faux,
Sorcière qu’idolâtre Goya
Surveillante de catafalques,
Bergère des tombeaux.
 
Beaucoup sont montés
Deux par deux dans les chambres du premier,
Et les soupirs ne sont d’agonie ou de souffrance
Et les souffles entendus derrière les portes
Sont de jouissance ou d’orgasme.
 
Taisons leur nom, cachons leur nudité
Ils sont morts, ils ont droit au repos
A l’anonymat de leur couche commune.
 
La fête continue, ivresse posthume,
Et quand Brassens rencontre Villon,
Tout alentour un cercle se forme
Pour écouter l’histoire des neiges d’antan.
Et trinquer à la santé de dame Eloise
Qu’en son tombeau,
Abrite Abélard dans sa bure grise
 
Sont ils masques ?
Humanité ou comédien ?
De sang ou de papier ?
Rêve, fiction ou réalité
Ceux qui, en ce palais, oublient leur éternité
 Comme les vivants laissent l’espace d’un moment
Leur destin, leur quotidien
Diderot s’interroge, saoul comme un cochon.
Pendant qu’écrit Rabelais pour Edern hallier
Un  dictionnaire éphémère
Et effronté
 
L’aube est toute proche.
La noire gondole,
Longeant la muraille écroulée,
Revient vers la ville.
 
Dernière vision de la fête
Des trépassés
S’éloignent les lanternes de verre, les flacons de rubis
Les violons aphones et les bijoux, par la terre, ternis.
 
Solitaire sous la pluie, la tête inclinée,
Une silhouette, appuyée contre la porcherie,
Relève sur son front, une mèche rebelle.
Et la lune, impitoyable, sortant du brouillard,
Eclaire un instant, le rictus hagard,
D’Hitler, déguisé en boucher.
 
D’un geste las, il arrache son masque…
Sous le Furher, perçait Staline
Epluchant comme une pêche pourrie
Le maquillage qui cachait
Robespierre ou Bonaparte.
Sous le goulag, c’était Auschwitz
Ou Guantanamo
Qu’importe le nom,
Il manquera toujours des lettres
Pour écrire au générique de fin
Quatre consonnes et trois voyelles :
Le mot : « Liberté »
 
C’est le bal des vampires, des buveurs de sang
Et le rêve devient cauchemar
Tandis que sur la place Saint Marc
Le soleil se lève et fait s’envoler
Sur le canal gelé
Un troupeau d’argent
De pigeons effrayés
Carillonne campanile : les doges doivent rentrés
Même si n’en déplaisent à leur dignité
La gueule de bois leur donne la nausée.
 

Last Irokoi / copyright 07 02 2008

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Le Blog De Lastirokoi

  • : LASTIROKOI SORT DE SA RESERVE
  • LASTIROKOI SORT DE SA RESERVE
  • : Retranché dans ses fôrets et sous son tipi ou il y a l'ADSL (ben oui ça t'étonne?), un indien qui ne comprend plus grand chose au monde civilisé... Il réagit à chaud ou à froid et vous emmene dans son monde de textes, de poêsies et de photos. N'hésitez pas à réagir vous aussi... il faudrait plein de petits indiens qui diraient "merde"aux cons et bravo aux autres... (je te raconte pas le boulot, il y a tellement de cons). bonne visite Last Irokoi
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