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VENISE

 

 

 

 

 

(I)

 

 

 

 

( 16 mars 2001)

 

 

Il faudrait dire la brume bleue de la lagune...

 

 

Et le mirage de la pierre du Rialto

 

 

Qui abrite depuis tant de temps, les marchands du temple.

 

 

 

 

 

Qui passe en ces venelles ?

 

 

Ici, les ruelles sont si étroites

 

 

Que les spectres frottent aux murs, leur robe de carnaval

 

 

Et y laissent quelques étoiles de rêves et d'infini.

 

 

 

 

 

L'ombre de Goldoni étend son théâtre de silhouettes

 

 

Entre les rives du grand canal.

 

 

Il croise quelques musiciens libres, ivres et joyeux

 

 

Qui chantent et dansent dans la nuit aux senteurs de poivre.

 

 

Ici, Marco Polo a rêvé la Chine

 

 

Tandis que sa caravane tirait au port, sur la chaîne de l'ancre...

 

 

 

 

 

Taisons nous, c'est Venise qui s'endort

 

 

Sous son masque triste d'azur sombre et d'or.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(II)

 

 

 (17 mars 2001)

 

 

C'est le peuple de la lagune,

 

 

Ces grandes robes noires,

 

 

Ces masques d'ébène.

 

 

 

 

 

Galions et gondoles brisés,

 

 

Echoués sur les bancs de sables gris,

 

 

Sont satin dans le brouillard.

 

 

 

 

 

Et la mer de topaze triste,

 

 

Enserre l'île.

 

 

 

 

 

Du Lido à Burano,

 

 

La digue sur laquelle pensif,

 

 

Marche le masque.

 

 

 

 

 

Sous le masque le musicien.

 

 

Quelques violons sont arpèges du vent

 

 

Et la marée accorde l'archet

 

 

D'un dieu ou d'un démon.

 

 

 

 

 

C'est le bal. Gondoles aux robes d'or,

 

 

Les murmures répondent aux applaudissements

 

 

Sous les ruines de la Fenice.

 

 

 

 

 

Quand soudain, de nulle part,

 

 

Mille clochers de mille églises

 

 

Eclatent l'airain des cloches.

 

 

 

 

 

Campaniles tristes et penchés,

 

 

On voit vos reflets dans l'eau.

 

 

 

 

 

A qui cette lumière, cette bougie,

 

 

Tout en haut, sur la nuit?

 

 

 

 

 

Au poète insomniaque, au dramaturge .

 

 

Au Philosophe prudent, dont les pas résonnent

 

 

Dans les ruelles vides?

 

 

 

 

 

Que serait le bijou sans l'écrin?

 

 

Venise, j'aime ta lagune.

 

 

De Triestre àPadoue, ces terres insensées qui bougent comme des îles

 

 

Et ces îles immobiles qui résonnent encore de la beauté.

 

 

 

 

 

Tintoret et toi, Titien

 

 

Pourquoi n'être point sortis de vos églises?

 

 

Le vrai temple est là.

 

 

A quelques pas des lions et des tours,

 

 

Quand habillée de sa gaze de crépuscule, la ville se déguise, elle, la princesse,

 

 

En mendiante et que sous ses haillons de pluies,

 

 

On devine le corps d'une comédienne

 

 

Et le sourire d'une Madone.

 

 

 

 

 

Lithurgie éternelle,on pense comme on marche

 

 

Au hasard du labyrinthe

 

 

Et la ville comme un livre

 

 

Ouvre ses maisons comme des pages.

 

 

Il y a des poèmes jusqu'au seuil des palais

 

 

Et les jardins sont les versets du livre sacré dont la nuit referme la reliure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 SENLIS

 

 

( Décembre 1987

 

 

 

 Nul ne sait la frontière du minéral.

 

 

Plante d’eau au reflet brisé,

 

 

Le chêne vit l’incertitude des rives.

 

 

Douce crue de la brume, la berge s’estompe,

 

 

Noyée sous l’hermine des collines.

 

 

Cursives brillantes d’éphémères canaux,

 

 

Le marinier lit, pensif, la légende de la ville

 

 

Sur le vélin gelé de l’eau.

 

 

Citadelle sentinelle sur blason d’ardoise,

 

 

C’est la nuit qui clôt la poterne,

 

 

La nuit qui colporte quelque rumeur de fête.

 

 

Les mots sont notes mais la partition est perdue,

 

 

Dispersée au vent du nord.

 

 

Un rire, au loin, qui éclate et s’étouffe, qui se meurt.

 

 

Carnaval étrange à la lueur des réverbères.

 

 

Brouillard vêtu de granit et pluie brillante sur les parvis.

 

 

Passent en domino, demoiselles aux cheveux d’opale

 

 

Pierrots d’argent et colombines invisibles.

 

 

L’amant attend, tenant au mors, cheval de vent

 

 

Cravaché d’argent, spectre au linceul de diamants.

 

 

Soudain, tout se fige.

 

 

Le glaive lourd de la cloche martèle l’éternité.

 

 

L’ombre de la lune tombe sur la clepsydre mutilée.

 

 

Le temps est mort. La fête s’endort avant que née.

 

 

Mais, dans son dédale, la ville délire.

 

 

L’église, flambeau livide, dérive vers la rivière.

 

 

Elle rêve, stupéfiée, d’amener la Sicile en hiver

 

 

Et, se fardant de nuages, elle se trouve dans le fleuve,

 

 

Un air de Venise un peu veuve.

 

 

Son carnaval est noir et sa fête, funèbre,

 

 

Eucharistie morne dans le sacrifice du silence.

 

 

S’impose la rose de givre du chevalier

 

 

Lancée à sa dame depuis la lice de cuivre et de sang.

 

 

Meurt le rêve. La ville s’est endormie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GOURY

 

 

 

 

(10 Septembre 1987)

 

 

 

 

C’est sa palette que le peintre a posé sur le miroir,

 

 

Rêve à peine accouché de l’esprit d’un soir.

 

 

Puis, s’ordonne encore un peu confus, sans bruit,

 

 

L’or pâle du levant, le mirage des pluies

 

 

Et le bouquet d’orties bleues de l’orage.

 

 

Paysage d’abord aphone, s’élevant du murmure au cri,

 

 

De la vie à l’amour, du songe à la tendresse.

 

 

Enfin, l’œil secoue ses scories et caresse

 

 

La rive nue d’un océan révolté

 

 

Où la brume est le maquillage esquissé

 

 

De la terre à son lever.

 

 

Et naît enfin la beauté de l’eau et du bois, de la lumière

 

 

Et l’univers se lave dans les sources des planètes de vermeil.

 

 

 

 

 

Personne en ces grèves qu’ombres d’oiseaux blancs

 

 

Et pêcheur solitaire marchant sur la pourpre et le safran.

 

 

 

 

 

Vivre en ces pays sans or ni diamant,

 

 

Sur ces plages où trèves et rêves riment,

 

 

Posées doucement entre couleur et mystère.

 

 

Vivre dans la lumière d’argent

 

 

Et regarder passer ces reflets fuyants.

 

 

 

 

 

Vivre avec toi en ce pays,

 

 

Sans limite, sans passé, sans jour et sans nuit.

 

 

Transformer notre temps en étreintes et en baisers

 

 

Et notre amour en éternité.




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Le Blog De Lastirokoi

  • : LASTIROKOI SORT DE SA RESERVE
  • LASTIROKOI SORT DE SA RESERVE
  • : Retranché dans ses fôrets et sous son tipi ou il y a l'ADSL (ben oui ça t'étonne?), un indien qui ne comprend plus grand chose au monde civilisé... Il réagit à chaud ou à froid et vous emmene dans son monde de textes, de poêsies et de photos. N'hésitez pas à réagir vous aussi... il faudrait plein de petits indiens qui diraient "merde"aux cons et bravo aux autres... (je te raconte pas le boulot, il y a tellement de cons). bonne visite Last Irokoi
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