Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi
La journée avait mal commencé.
Déjà, le matin, je m’étais coupé en me rasant, juste sous l’aile du nez, là ou ça saigne le plus.
Le périf était bouché comme d’habitude mais, en plus, il pleuvait. J’ai mis 2 heures pour trouver la cité ou j’allais. Je cherchais l’avenue G.Clémenceau mais mon GPS débloquait. 3 fois, il m’a fait passer devant un « Carrefour » et, à chaque fois, il voulait que je prenne tout de suite à droite… mais pas de rue, ni à droite, ni a gauche d’ailleurs, et à chaque fois que je m’éloignais du croisement virtuel, il me rappelait à l’ordre : «Veuillez rejoindre l’itinéraire conseillé ».
A la fin, j’en ai eu marre ; Je me suis garé et je suis parti à pied, mon dossier sous le bras.
J’ai avancé le long d’une avenue anonyme et déserte où les barres d’immeubles bardés d’antennes satellites ressemblent à des hérissons. Sur les pelouses grises et pelées, il y avait des caddies sans roue et des sacs à ordures éventrés.
Je suis arrivé devant une voie ferrée infranchissable, tout au bout de la cité. Toujours pas d’impasse et personne à qui demander son chemin. Je suis passé devant un porche où un dais funéraire claquait au vent. A côté de la lettre « L » désignant l’escalier, le « G » d’argent, initiale du DCD, était dérisoire.
J’ai continué de longer le grillage du train en me disant que s’il n’y avait rien au bout, je ferai demi tour.
Au bout, il y avait une pancarte bleue. J’étais dans mon impasse, juste devant l’immeuble que je cherchais. C’était abandonné, lugubre dans le silence. Jusqu’au 4ème , les fenêtres étaient murées ; après, elles étaient nues, encore plus pauvres.
Le hall sentait l’urine. Toutes les boites aux lettres avaient été arrachées sauf une dont la porte pendait. Dessus, c’était le nom que je cherchais et son étage : « 7ème gauche ».
L’ascenseur aussi puait la pisse. J’ai appuyé sur le « 7 » ; la porte s’est refermée en couinant et je suis monté.
J’ai eu beau frapper, appuyer sur le bouton de la sonnette qui restait muette et appeler la personne par son nom, rien n’a bougé, l’appartement était vide comme, du reste, ceux du palier, et ceux de l’immeuble tout entier.
J’ai glissé l’avis d’expulsion pour impayé de loyer sous la porte et j’ai repris l’ascenseur.
J’ai appuyé sur le « 0 » et tout de suite j’ai senti que quelque chose n’allait pas.
Les portes ont claqué violemment en se refermant, la lumière a vacillé et la cabine a eu 2 ou 3 hoquets. Elle est descendue comme une flèche. Les étages, sur l’afficheur, défilaient de plus en plus vite… tellement vite que j’ai grillé le rez de chaussée et que la descente, vraiment inquiétante cette fois , a continué vers les sous sol.
Au – 5, il y a eu un grand choc. La cabine a stoppé net et les portes se sont ouvertes.
Ils avaient muré avec des parpaings au ras des portes. Impossible de sortir ; j’étais prisonnier derrière ce mur.
Cela devenait burlesque et effrayant. Je me suis énervé et j’ai appuyé comme un fou sur le bouton « appel » … aucune réaction. J’ai appelé. Rien. Alors j’ai appuyé sur presque tous les boutons… les portes se sont refermées et la cabine s’est mise a remonter…
On remontait même de plus en plus vite, tellement qu’on a dépassé le « 0 » sans même ralentir et même le « 7ème » pour enfin stopper entre le 9 ème et le 10 ème étage si toutefois l’afficheur disait vrai.
Plusieurs minutes sont passées. Silence. Plus rien. J’ai appuyé plusieurs fois sur « appel ». Je commençais à désespérer quand une voix métallique s’est adressée à moi. Elle m’informait qu’en raison d’un dysfonctionnement dû à un acte de malveillance, il ne pouvait être donné suite à mon appel. Elle m’invita à le renouveler ultérieurement. Puis la machine a raccroché et tout est retombé dans le silence.
Là, j’ai vraiment pété les plombs. J’ai cogné des pieds et des poings contre le métal des portes et des parois en appelant à l’aide.
Cela n’a servi à rien. Je me suis fais très mal au poignet et j’ai senti brutalement que mon cœur s’emballait. Je ne pouvais plus respirer, je manquais d’air, d’oxygène pendant que la lumière baissait de plus en plus. J’étais en train de crever… j’ai tenté avec mes doigts, avec mes ongles d’écarter les portes. Ca n’a pas bougé d’un millimètre et j’avais les doigts en sang.
Alors, je ne sais pas pourquoi, je me suis calmé d’un coup.
D’un coup, j’ai compris que c’était foutu, que jamais personne ne viendrai me délivrer et que tout ce que je tenterai ne servirai à rien.
Tellement que lorsque j’ai senti mon téléphone portable dans ma poche, je savais déjà, avant même de l’activer, qu’aucun réseau ne serait disponible : cela ne passait pas. De même la trappe de visite technique, au plafond, ne me serait d’aucun secours ; je savais déjà qu’elle serait insoulevable : une chaine et un cadenas la tenait fermée depuis l’extérieur de la cabine.
J’étais pris au piège, fait comme l’un des rats que j’entendais cavaler sur le palier en couinant. J’allais crever ici. Cela m’est apparu brutalement comme une évidence, comme une fatalité. Aucun espoir. Je n’ai aucune famille, ni mère, ni père, ni sœur, aucun ami pour s’inquiéter de ma disparition et donner l’alerte. Quand à mon patron, il ne tenait pas attirer l’attention ni sur lui, ni sur moi. Je travaillais au noir.
Oui, rien à faire…
Attendre, c’est tout…
Sans espoir.
27 heures que je suis coincé. Il y a 2 heures que la lumière de la cabine s’est définitivement éteinte. De temps à autre, j’appuie, à la lueur de plus en plus faible de mon portable, sur les boutons de la cabine. Mais il ne se passe rien. Je sais qu’il ne se passera plus rien.
Je commence à avoir faim et soif et j’ai une énorme envie d’uriner… tellement que j’ai mal dans le ventre et que j’en ai des frissons de fièvre. Mais je retarde l’inéluctable car je sais que lorsque j’irai me soulager dans un coin de ma cage comme une bête, j’aurai perdu ma dignité d’homme.
J’espère devenir fou rapidement…
Ne pas savoir, ne plus savoir…
Ma dernière prière…
Ce sont les pompiers qui, d'après l'autopsie, ont retrouvé le corps 32 jours plus tard.
ils avaient été appelés pour éteindre un début d'incendie et en montant pour sécuriser l'immeuble, ils ont été étonnés, au 10 éme étage, de voir tant de rats installés, attendant eux aussi l'ouverture des portes de la cabine .
LAST IROKOI © 2008 in « HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS »
(Je ne dédie pas cette histoire à ma fille Sandrine qui deteste les rats.
Ma fille par pitié, ne lis pas ca...
Comment cela, c'est trop tard ??? )