Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi
Celui qui me manque le plus depuis que je suis là, c’est « La Moustache ».
C’est lui qui venait me garder quand elle sortait.
Je l’aimais bien car il ne disait rien. Il me faisait manger avec des gestes lents et calmes. Il ne criait pas quand je bavais ou que je recrachais tout.
Il me couchait dans mon lit à barreau mais lui, il ne m’attachait pas. Il n’éteignait pas la lampe. Il ne me laissait jamais seul, dans le noir. Je crois que, quand il était là, il ne dormait pas de la nuit. Il restait à coté de mon lit et quand j’étais énervé, quand je m’agitais, il posait sa grosse main sur mon front. Je m’endormais.
Un jour, il n’est plus venu. Je ne sais pas pourquoi. Alors, quand elle sortait, c’était des gens, jamais les mêmes, qui venaient me garder.
Ils étaient moins gentils que « La Moustache », ce vieux monsieur que je n’ai jamais revu.
Elle – je ne sais pas qui elle est – elle était souvent… bizarre.
Des fois, elle me serrait fort, trop fort contre elle en me disant… des mots que je ne comprenais pas, que je n’ai jamais compris.
Elle m’appelait… son … « amour »… son …« tout petit… »
J’aimais pas quand elle était comme ça car sa bouche sentait mauvais et ses yeux me faisaient peur. Et puis, elle riait et elle pleurait en même temps.
Mais, le plus souvent, elle criait après moi en me secouant….elle s’énervait tout de suite et elle m’appelait « son golien ».
J’étais son « golien » ; je n’ai jamais su ce que cela voulait dire mais c’était méchant.
De plus en plus, elle me laissait seul, dans le noir, attaché aux barreaux. Je ne dormais pas ; j’étais malade de peur. Cela me donnait mal au ventre ; alors je me soulageais dans les draps.
Elle ne rentrait que lorsqu’il faisait clair derrière la fenêtre. Elle venait se pencher sur mon lit. Elle puait, elle puait de partout et comme moi aussi je puais de tout ce que j’avais fait durant la nuit, elle s’écartait très vite, l’air écœuré.
Je crois que si on ne s’aimait pas, c’était à cause de nos odeurs.
Un jour, elle a ramené quelqu’un à la maison, un homme, au poil tout noir, plus jeune mais moins beau que « La Moustache ».
Moins gentil aussi. Quand il m’a vu, il a eu l’air étonné, contrarié.
Il lui a reproché de ne pas lui avoir dit que j’étais « son golien ».
Il a crié ; elle a pleuré.
Ce soir là, je n’ai pas mangé ; elle ne m’a pas changé.
Juste elle a fermé la lumière et la porte.
Dans sa chambre, ça a encore crié un peu et après il y a eu plein de bruits, des bruits qui m’ont donné envie de me soulager, moi aussi. C’est parti très vite, dans les draps.
J’étais énervé ; je n’ai pas pu dormir.
Il est resté. Il ne m’aimait pas. Il me regardait de loin, l’air dégoûté. Il ne m’a jamais touché ; heureusement.
Ils criaient souvent ; à cause de moi je pense. Souvent il disait que « c’est lui ou moi, il faut choisir ».
Elle l’a fait.
Un jour, il n’était pas là. Elle m’a habillé ; elle m’a mis dans ma poussette.
On est allé derrière la porte ; là ou j’avais peur, ou il fait froid et ou il y en plein qui me regardent « mal »
Elle m’a emmené ici ; à l’hôpital, on m’a dit.
Elle m’a serré fort, trop fort contre elle en me disant qu’elle viendrait, qu’elle viendrait souvent.
Elle puait, elle n’avait jamais tant pué de la bouche.
Elle est venue 2... Peut être 3 fois ; je sais plus car j’ai du mal à me souvenir maintenant.
Ici, ce sont des gens en blanc ou en vert qui s’occupent de moi. Certains sont gentils ; d’autres me font mal en me faisant ma toilette ; la plupart sont indifférents.
Mais je suis au chaud, je suis dans mon lit ; on me donne à boire et à manger ; on me change… mais je suis tout le temps attaché.
Alors je ne vois plus que le plafond et une grosse fissure dedans. Je ne vois pas d’où elle part ni ou elle va… je n’en vois qu’une petite partie.
Quand je m’ennuie trop, je me soulage en pensant aux bruits que j’entendais avant.
Je m’ennuie souvent. Je n’ai presque plus de souvenirs.
Les visages passent. Le seul dont je me rappelle un peu, c’est celui de la « Moustache ».
Il me manque. Mais peu à peu je l’oublie lui aussi.
J’oublie les mots car presque personne me parle.
J’oublie les choses ou plutôt le nom des choses.
Mais c’est pareil.
L’autre jour, de la chaleur et de la lumière sont venues sur mon visage.
J’ai mis longtemps, longtemps à me souvenir que cette lumière et cette chaleur c’était « du soleil… » ou plutôt que cela s’appelait « du soleil ».
Je ne suis plus le « golien » de personne.
Je ne suis plus rien.
Et je me demande combien de temps cela va durer…
Le « temps »… je ne sais même plus ce que c’est… le « temps »
LAST IROKOI © 2009 in « HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS »