Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi
Le paquet a été monté, chez moi, un matin, vers 10 heures, par la concierge.
C’était entouré d’un gros papier kraft, marron. Mon nom et mon adresse étaient inscrits en grandes lettres « bâton » tracées à l’encre noire. Ecriture inconnue. Pas de nom d’expéditeur. 4 timbres non oblitérés.
J’ai déchiré l’emballage. C’était une boite à chaussures, grise et anonyme.
J’ai ouvert le couvercle. A l’intérieur, entouré d’un papier de soie, 10 boules noires, 10 sphères parfaites d’un diamètre, d’une matière et d’une brillance de bille de billard. On aurait dit de l’ivoire noir.
J’en ai pris une en main. Elle était tiède, d’une tiédeur presque animale.
C’était plutôt joli… des presse-papiers peut être,… comme on en met sur les bureaux.
J’ai tout remis dans la boite, j’ai refermé le couvercle et je suis sorti.
Dans l’ascenseur, il y avait Paméla, la fille du 5ème. Je l’ai laissé sortir devant pour lui caresser les fesses. Pas eu le temps de voir si elle portait quelque chose sous sa jupe.
J’ai passé tout l’après midi à la plage. Avec la bande, on a fait un peu de ski nautique. Vers 19 heures, on a repris les bagnoles pour aller chez Steve. On a bu et on a fumé toute la soirée au bord de la piscine. Il avait ramené 3 filles qu’il avait draguées, la veille, au casino et qui ont passées la soirée à poil dans l’eau.
Je suis rentré chez moi, il était 3 heures.
Dès le palier, j’ai entendu des pleurs et des gémissements. Cela venait du salon. J’ai allumé la lumière. Cela venait de la boite grise.
J’ai enlevé le couvercle. Les pleurs ont cessé. 2 sphères étaient devenues grises et ternes. Je les ai prises en main. Elle était froides et se sont pulvérisées me laissant comme du talc sur les doigts. Une 3ème boule commençait à se tacher de gris.
J’ai sorti de la boite une autre sphère bien noire et bien brillante, celle là. Je l’ai secoué contre mon oreille. Rien, aucun bruit. C’était de la matière pleine, pleine et tiède.
Il était tard. J’ai tout remis dans la boite et j’ai refermé le couvercle.
Les pleurs ont repris, presque humains.
3 ou 4 fois, j’ai retenté l’expérience. Dès que je fermais le couvercle ou la lumière, elles pleuraient…
J’ai laissé le carton ouvert et la lumière allumée et je suis allé me coucher.
Je me suis endormi tout de suite.
Le lendemain, j’ai ouvert un œil à 11 heures passées. J’ai pris une douche et je me suis fait un thé. Pendant qu’il infusait, je suis revenu au salon.
2 nouvelles sphères étaient mortes, grises et froides.
J’en ai pris une, intacte et j’ai essayé de la rayer avec mon ouvre lettres : impossible. Alors, je me suis décidé : j’ai avalé mon thé et je suis sorti avec les boules survivantes dans leur carton.
L’Alfa était garée un peu plus haut sur l’avenue. Les rues étaient vides ce matin. Il ne m’a fallu que quelques minutes pour traverser la ville. Je me suis rangé sur le parking de la clinique, en bordure de mer. Il faisait déjà chaud et la mer était étincelante.
A l’accueil, c’était toujours Barbara. Elle était déjà là, du temps de mon père. Elle m’a dit que Paul était dans son cabinet.
A plus de 50 ans, sous son bronzage, elle était magnifique. Paul, que je n’avais pas revu depuis la mort de mon père, n’avait pas vieilli, lui non plus.
Les banalités d’usage échangées, je lui ai expliqué pourquoi j’étais venu en ouvrant la boite.
Amusé, puis étonné, il a eu l’air inquiet quand il en a pris une en main. La tiédeur de la sphère, surtout, a semblé le contrarier.
Brusquement, il s’est décidé. Il m’a demandé de lui en laisser une. Il voulait la radiographier, la scanner dans l’après midi. Il souhaitait vérifier quelque chose. Je devais passer la récupérer vers 17 heures.
Je lui ai laissé celle qu’il avait en main et j’ai emporté les autres dans leur boite.
Je suis revenu vers le centre. Je n’avais rien avalé depuis hier. Je suis allé chez Fred, manger une pizza. J’avais laissé les sphères sur le siège avant.
Fred a voulu m’associer à une histoire de cartouches de cigarettes avec l’Italie. Cela ne m’intéressait pas. Après manger, on a joué au flipper avec sa copine. Il m’a proposé de monter avec elle, dans une chambre mais j’ai refusé car la fille, un peu grasse, m’écoeurait.
Vers 16 heures 30, j’ai repris ma caisse. Avant de démarrer, j’ai regardé dans la boite. 2 autres sphères avaient des tâches grises. Elles mouraient. La promenade était complètement bouchée ; j’ai mis du temps, plus que le matin.
Barbara ne m’a pas vu passer. Elle draguait un vieux. Je suis monté directement chez Paul. C’était désert. J’ai appelé. Pas de réponse. Je suis passé derrière, dans le local d’examen.
J’ai tout de suite vu qu’il n’y avait plus rien faire.
Il était par terre, devant le scanner qui puait le brûlé à plein nez. Il baignait dans son sang, la moitié de la tête enlevée.
En ressortant, j’ai écrasé les restes grisâtres de la sphère qui avait roulée jusqu’au bureau.
Barbara n’était plus à son poste. Je n’ai prévenu personne.
J’ai redémarré sans oser soulever le couvercle. Cela me faisait peur maintenant. Je suis allé au promontoire à la sortie de la ville. La mer est très profonde à cet endroit là. Il y avait quelques touristes. J’ai pris la boite et je me suis éloigné. Je me suis approché du vide et j’ai lancé le tout le plus loin possible du bord. Cela a coulé tout de suite. Personne n’a rien vu.
J’ai fini la journée dans un bar, à coté de l’aéroport, devant de la vodka.
Il était une heure quand je suis rentré chez moi et les flics m’attendaient.
Pas pour Paul mais pour Steve qui venait de se tuer en voiture sur l’autoroute avec les 3 filles d’hier soir. Sa Jaguar s’était, sans aucune raison apparente, encastrée dans une pile de pont et s’était embrasée. Il fallait que je vienne, le lendemain, reconnaître le corps ou du moins ce qu’il en restait.
Je n’ai pas bien dormi cette nuit là.
Je suis parti pour la morgue vers 10 heures. En chemin, j’ai acheté « Nice matin ». La mort de Paul et celle de Steve étaient dedans.
Pas à la même page.
Celle de Paul, radiologue éminent, victime de l’explosion, inexplicable, de son scanner, était à la une, avec une nécro sur 2 colonnes. Celle de Steve, en page 4, dans les faits divers, faisait 5 lignes et un titre : « l’alcool a encore tué sur l’autoroute de l’Esterel »
Je les ai enterré le même jour, 48 heures après, dans le même cimetière. Paul, à 10 heures, en présence du Préfet ; Steve, vers 15 heures, avec toute la bande.
Je n’ai jamais su qui m’avait envoyé ce paquet.
LAST IROKOI © 2009 in « HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS »