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Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi

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LA MAISON DU BELIER (la première nuit)

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CHAPITRE 2
-         
(Retour au chapitre 1)

Tout cela a commencé il y a six jours, maintenant. J’étais au lavoir avec maman. En plein milieu de l’après-midi, le tocsin a sonné. Au début, on a cru à un incendie. Cela arrive souvent ici. Et puis, les hommes du guet sont venus en courant. Ils nous ont dit de rentrer chez nous, de ne plus bouger et d’attendre. Dans les rues, c’était l’affolement. Les hommes montaient aux remparts ; les gardes fermaient les portes de la ville en criant après les paysans pour qu’ils poussent leur charrette. Et le tocsin sonnait toujours. Il a sonné toute la journée. Mon père est rentré très tard, presque au milieu de la nuit. C’est lui qui nous a expliqué ce qui se passait. Pour entrer dans la cité, il y a deux routes qui traversent le marais. L’une remonte du sud, l’autre vient du nord.
-         Moi, je suis venu du sud. Ce sont tout juste des sentiers. Enfin, continue.
-         Une troupe d’hommes en armes se dirigeait vers nous, par le sud, depuis le début de l’après-midi.
-         Des soldats ?
-         Non. En tout cas, pas les soldats du roi. Ils n’avaient ni drapeau, ni uniforme. Ils s’étaient arrêtés à la tombée de la nuit et campaient autour de grands feux, à quelque distance de la poterne.
-         Que faisaient-ils ?
-         Rien.
-         Mais, les bourgeois d’ici, ils n’ont envoyé aucun émissaire pour savoir ce qu’ils voulaient ?
-         Les gens d’ici ne sont pas très courageux. Beaucoup ne se sont jamais battus. Ils ne sauraient même pas se servir d’une épée en bois.
-         Et ton père, saperlipopette, ton père... C’était bien lui le seigneur du pays, non ? Qu’a-t-il fait ?
-         Mon père est vieux. Les gardes sont vieux. Tous les jeunes sont partis à la guerre voilà déjà bien longtemps
-         Diable ! Enfin, continue... Donc vous êtes, eux, la troupe et vous, la ville, en train de vous regarder comme chien et chat en plein milieu de la nuit.
-         Au petit matin, ils ont contourné la ville et, profitant de la marée basse, ils sont allés jusqu'à l’île. Ils y sont restés deux jours. Il paraît qu’ils visitaient les maisons les unes après les autres. Ils en ont même fait brûler une.
-         Et les habitants ?
-         L’île est déserte depuis l’épidémie d’il y a cinq ans.
-         Il ne restait plus que deux moines. Les bandits les ont jetés du haut des tours.
-         Ca, c’était le deuxième jour, Georges, juste avant que la bande ne revienne vers la terre ferme, vers nous.
-         Même qu’ils ont failli s’enliser dans les sables mouvants.
-         Donc, ils ne connaissaient pas le coin. Continue, Eléonore.
-         A l’aube du troisième matin, ils s’étaient à nouveau installés au même endroit que le premier soir. Vers midi, trois cavaliers se sont présentés à la porte. Mon père est monté aux remparts et leur a demandé ce qu’ils voulaient. Leur chef, un homme qui s’appelait Milan...
-         Milan... Attends... Il lui manque un œil, non ? Ses hommes l’appellent aussi «œil de feutre » ?
-         Vous le connaissez ?
-         Un peu... Oui... Dans le temps. Continue.
-         Milan a dit qu’il ne souhaitait pas attaquer la ville. Il voulait simplement à boire et à manger pour lui et ses hommes avant de reprendre la route. S’il le fallait, il était prêt à payer tout ce qu’il prendrait.
-         Et qu’a fait ton père ?
-         Que voulez-vous qu’il fit ? Il leur a ouvert la porte.
-         Ah, non ! Ouvrir à Milan ! Non mais quelle bêtise ! Autant ouvrir au diable !
-         C’était le diable... et ses hommes, des démons !
 
La jeune fille était au bord des larmes.
 
-         Ne me raconte pas la suite, va... Je la connais. Dis moi plutôt comment vous vous êtes tous retrouvés ici.
-         Il y a deux jours, la bande a rassemblé tous les habitants sur le parvis, devant la cathédrale. Milan est monté sur un tonneau. Il était complètement ivre. Il a parlé. Il a dit que la ville était vide, qu’il n’y avait même plus un rat à manger. Tous ceux qui resteraient ici risquaient de mourir de faim et lui, Milan, il ne voulait pas avoir la mort d’honnêtes bourgeois sur la conscience. Alors, il les a fait enchaîner les uns aux autres. C’était pitoyable. Aucun n’a résisté. Ils étaient terrorisés. De vrais moutons ! Un moment, tout de même, il y a eu une bousculade de l’autre côté de l’esplanade. Milan et ses hommes se sont précipités pour cogner. Je n’étais pas encore enchaînée. J’ai pris Marie dans mes bras et Jeanne par la main. J’ai couru comme une folle. Je connaissais déjà cette crypte. Je venais tous les ans la fleurir pour la Passion. En arrivant ici, je me suis aperçue que Georges et Bertrand m’avaient suivi. Nous nous sommes terrés jusqu'à la nuit. Puis, je suis ressortie. Il n’y avait plus personne. Plus rien que le silence. Milan les avait tous emmenés.
-         Et Louis ?
-         Il s’était caché dans le clocher. Il nous a rejoint, hier, à la fontaine... Voilà, c’est tout... Maintenant...
 
Eléonore se mit à pleurer doucement. La petite Marie avait posé sa tête sur les genoux de Bert. Elle commençait à s’endormir.
 
-         Maintenant, Eléonore, il faut faire deux choses très vite : dormir et filer d’ici dès demain.
-         Où irons-nous ?
-         Et si nos parents revenaient ?
-         Si tes parents revenaient maintenant, Louis, il y aurait beaucoup à parier pour que Milan et sa bande reviennent avec eux.
 
Les enfants l’écoutaient.
 
-         Milan pratique toujours de la même façon. Ah, il n’a pas changé, le bougre ! Toujours aussi rusé ; toujours aussi lâche ! Il ne prend jamais de risques inutiles. A la moindre résistance, il parlemente, il discute. Lui, il n’attaque jamais de front. Il est aussi innocent que l’agneau, blanc comme le neige ! La preuve, ici, ce sont les bourgeois qui lui ont ouvert la porte. Jamais il ne brûle la ville qu’il pille. Il sait que dans ces cas là, il y a toujours quelques habitants qui parviennent à s’échapper, quelques habitants qui, plus tard, pourraient témoigner. Il les emmène tous puis, il revient quelque temps après. Alors seulement, il rase tout, il tue tout ce qui bouge et, enfin, il met le feu aux décombres. C’est pour cela qu’il faut partir très vite, très loin... Vous allez dormir. Je vais réfléchir et demain, je vous dirai ce qu’il faudra faire. Eléonore, souffle la chandelle. Couvrez-vous bien ; l’humidité est terrible ici.
 
Il embrassa Marie.
 
-         Dors bien, la puce !
 
La petite qui dormait déjà lui rendit son baiser.
 
-         Bonne nuit, Bert
 
Il releva son col et s’adossa au mur en soupirant. Dans l’obscurité, il sentit Eléonore qui s’allongeait près de lui.
 
-         Ils sont tous morts, n’est-ce pas ?
 
Bert repensa aux deux paysans affolés qu’il avait croisé hier. Ils venaient de découvrir un charnier dans leur champ.
 
-         Oui, petite, ils sont morts. Mais ne dis rien aux enfants. Ils auront besoin de tout leur courage, de toutes leurs forces, les jours prochains.
-         Vous avez raison. Dieu vous bénisse.
-         Dors vite, petite.
 
Il l’entendit pleurer longtemps dans la nuit.
 
 
 
Ce fut la petite Marie qui réveilla Bert le lendemain matin. Comment résister à un petit diable qui, sans arrêt, vous demande :
 
-         Tu dors, Bert ? Hé, tu dors encore ? ... Oui, il dort encore, Bert. Il ne faut pas que je le dérange. Ca ne serait pas gentil de le réveiller et si je le réveille, il ne va pas être content. Il va crier et moi, j’aurai encore peur.
 
Et la petite se remettait contre lui en suçant son pouce. Puis, elle recommençait l’instant d’après :
 
-         Tu dors, Bert ? Hé, tu dors encore ? Regarde, le soleil est levé, lui !
 
Bert fit semblant de s’éveiller. Il ouvrit un œil, puis l’autre et s’étira. La gamine toute blonde lui fit un grand sourire radieux.
 
-         Oh ! Tu es réveillé, Bert ? Ce n’est pas ma faute au moins ?
-         Non, petite puce. Tu as bien dormi ?
-         Oui. Pour la première fois, je n’ai pas eu froid. Qu’est-ce que tu tiens chaud !
-         Mais... Il fait déjà jour ! Tu aurais du me prévenir plus tôt.
 
La crypte, en effet, était pleine de lumière. Elle tombait par des fissures de la voûte. C’était une lueur à la fois douce et violente, filtrée par les vitraux de la cathédrale, juste au-dessus.
 
Les autres dormaient encore. Bert s’étira.
 
-         Bon, allez, la puce, tu vas m’aider à les secouer. Il faut partir.
-         On va où ?
-         Ca te plairait de voir ma maison ?
-         Ta maison ? Il y a à manger là bas ?
-         Oui, il y aura à manger.
-         Alors, d’accord. C’est loin ?
-         Oui, c’est loin. Mais, t’es costaud, non ?
-         Oh, oui. Je suis une femme.
-         Je sais. C’est moi qui te l’ai dit. Allez, debout.
 
Bert se leva et s’étira encore.
 
-         Oh, dis donc ! Qu’est-ce que t’es grand !
-         Oh, dis donc ! Qu’est-ce que t’es petite !
 
Ils éclatèrent de rire.
 
-         Allez, debout tout le monde ! On s’en va.
 
Il alla les secouer les uns après les autres. Tous baillaient en se frottant les yeux.
 
-         J’ai faim, dit Bertrand.
-         Moi aussi, dit Jeanne.
-         Vous penserez à manger plus tard. On s’en va.
-         Ou ?
-         Je vous emmène chez moi. Là, au moins, vous serez à l’abri. Après, on verra. Je vous préviens, cela va être très dur. Il faudra marcher six ou sept jours dans le sable. Peut-être plus si la tempête se lève. Nous longerons le rivage. Pas question de prendre les routes ; on ne sait jamais.
 
Il regarda les enfants.
 
-         Pas de questions ? Bon, alors écoutez-moi bien. Nous marcherons toujours de la même façon. Moi en tête. Je porterai Marie sur mes épaules...
-         Mais, je suis lourde. Je vais te fatiguer.
-         Ne t’inquiète pas de cela, petite puce. Nous avancerons en file, à trois pas les uns des autres. Jeanne viendra juste derrière moi, puis Bertrand, Eléonore et enfin Louis.
-         Et moi ?
-         Toi, Georges, ton rôle sera l’un des plus importants. Tu seras notre éclaireur. Tu progresseras trente pas devant nous, sur la crête des dunes. Tu surveilleras l’horizon. Dès que tu verras quelque chose d’anormal...
-         Je crie...
-         Non, surtout pas ! Tu te jettes à terre et tu rampes vers nous. Nous comprendrons et nous ferons pareil.
-         Je ne pourrais pas aider Georges ?
-         Non, Louis. Toi, le futur soldat, tu devrais savoir qu’en campagne, l’arrière garde, c’est capital. Tu devras toujours avoir les yeux fixés sur Georges. Si jamais tu le vois se cacher, préviens-nous. Sois sans cesse sur tes gardes. Tout le monde a compris ? ... Bon, Georges, tu vas monter au clocher. Inspecte les quatre coins de l’horizon. En même temps, tu me diras où en est la marée. Louis, trouve-nous trois solides bâtons de marche : un pour Georges, un pour toi et un pour moi, un peu plus grand. Nous nous retrouvons devant la fontaine.
-         Et on mange quand ?
-         Décidément, tu ne penses qu’à cela, la puce. Allez, en route !


LAST IROKOI  © 2008 
 

(Suite chapitre 3)
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C
Haletante cette histoire. Je lis la suite, j'ai hâte de voir comment elle va finir. Superbement raconté en tout cas.Charly...
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L
<br /> Salut Charly,<br /> <br /> Cette histoire est une balade, un peu mouvementée dans le coin de France que je prefère et le seul, à part celui ou je vis, ou je pourrai planter mon tipi, c'est la cote de la Déroute, dans le<br /> Cotentin, entre le mont St Michel et Goury, tout au nord de la côte...<br /> <br /> Elle fait partie d'une série de 13 histoires toutes ayant un rapport avec ce coin sauvage et peu connu où la mer se déchaine souvent et ou on ne sait ou est la frontiere entre terre et mer...<br /> <br /> Bonne soirée<br /> <br /> Très cordialement<br /> <br />  L.Irokoi<br /> <br /> <br />