Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi

Publicité

LA MAISON DU BELIER / du Mont St Michel au Cap de la Hague / 1753

undefined


CHAPITRE 1











Depuis le matin, il se bagarrait contre le vent.
 
Dans ce pays sans route ni borne, il s’était presque sûrement perdu. Aucun hameau, aucune ferme sur le moutonnement de la lande. Il lui fallait marcher, marcher encore, ne serait-ce que pour éviter d’avoir les pieds gelés. Il ne neigeait pas. Il ne pleuvait pas, mais tout était gris : le marécage, le sentier qui filait droit sur l’horizon, le ciel et même le vent semblaient gris.
 
Bert n’avait pas d’âge ou plutôt il avait l’âge de tous ceux qui ont compris qu’après la ligne d’horizon il y a, loin derrière, une autre ligne d’horizon et qu’en fin de compte le monde est désespérément clos. Avait-il faim ? Etait-il pauvre dans ce pays sans grenier ni moulin ? Peut-être ? Pour l’heure, Bert n’était qu’un homme marchant au milieu de la plaine, cherchant une ville pour s’abriter avant la nuit.
 
 
 
Ce ne fut pas la ville qu’il trouva, mais l’océan qui donnait de la voix depuis le fond de l’univers et avec l’océan il trouva la pluie, une pluie glacée qui, à grands traits, amenait la nuit dans le ciel.
 
Le rivage était un arc immense. Au centre de la corde incertaine de l’horizon, une île très fine, très haute, effilochait dans la brume, les flèches d’une abbaye.
Plus bas, le long de la grève, en face de l’île, une ville, enfin, se repliait dans ses murailles, entre les dunes et les rochers.
 
Secoué d’un grand frisson, Bert se remit à marcher.
 
 
 
Lorsqu’il arriva sous les murailles, l’eau ressemblait au pelage d’une grande bête malade. De larges tâches rouges marquaient l’ombre jetée par l’île. Il s’arrêta, la tête pleine de la rumeur des vagues. C’était étrange. La ville ignorait superbement l’océan. Elle n’offrait au rivage que l’opacité de son dos. Ni barque, ni voilier sur la plage. Si près de l’eau, ce n’était pas un port mais une forteresse surveillant un marais mort. Il longea la citadelle et trouva enfin une porte grande ouverte, béante sur la plaine, sans garde, sans guet.
Alors, son étonnement fit place à la peur, à cette petite peur chuchotant insidieusement à l’âme avant que ne se déclare l’irrémédiable. Il s’engagea sous le porche et le vent fit place à l’humidité et au silence.
 
La salle des gardes était vide.
 
Trois ruelles partaient en étoile de la poterne. Deux longeaient la muraille de chaque côté et devaient faire le tour de la ville. La troisième, celle qu’il emprunta, montait, sinueuse vers la cathédrale. Il traversa la ville basse. Toute la cité le dominait dans le silence. Il essaya d’entrer dans une taverne. Il frappa à la porte, appela, mais rien ne bougea. Alors, il repris la ruelle, grimpant entre les échoppes basses et les maisons bancales qui se penchaient comme de vieilles commères à leur fenêtre. Il passa devant une chapelle. Il n’en restait presque rien. Le toit à demi effondré tendait au ciel ses poutres noircies par un incendie. Il s’arrêta quelques secondes pour souffler. Au loin, l’île sombrait dans l’obscurité. La nuit était là. Alors, il continua de monter dans un silence d’où étrangement, le vent restait absent.
 
 
 
Bert arriva enfin devant la cathédrale. La ville était à ses pieds, déserte. Aucune fumée ne s’accrochait aux toits ; aucun chien ne fouillait les ordures ; aucun linge ne pendait entre les maisons. Personne. La guerre, peut-être... ou la faim ? L’épidémie ? ...
 
 
Bert frissonna encore. Il se pencha sur la fontaine et avala une gorgée d’eau glacée. Puis, il s’avança vers le portail gigantesque. La cathédrale était fermée. Sur le côté, deux niches de pierres n’abritaient plus les statues pour lesquelles on les avait creusées. Quelle humidité ! Le mur était presque visqueux par endroit. Enfin, c’était toujours mieux que rien ! Il se glissa dans une de ces niches et se blottit contre la muraille froide. Attirant son sac sous sa tête, il ferma les yeux.
L’île s’était définitivement fondue dans la nuit. Il ne pleuvait plus, mais aucune étoile ne s’allumait dans le ciel. Bert dormait déjà.
 
 
 
Bert avait gardé de son ancienne vie de soldat un sommeil très léger et une oreille très fine. Il fut réveillé en plein milieu de la nuit. Dans sa niche de pierre, l’obscurité était si profonde qu’il n’apercevait pas le bout de ses doigts. C’était un bruit de pas qui l’avait réveillé, un léger trottinement de souris. Pas de doute, il y avait quelqu’un pas loin ! Bert passa la tête hors de son abri. Ses yeux s’habituèrent à la nuit.
Deux enfants prenaient de l’eau à la fontaine. Ils n’étaient pas rassurés. Ils inspectaient sans cesse l’obscurité derrière leur épaule. Les deux gamins chuchotaient, mais la nuit portait leur voix.
 
-         Tu as fini ?
-         Non, dépêchons-nous
-         Tu as entendu ce bruit ?
-         Ce n’est rien
-         Allez, vite, on y va !
 
Les deux ombres passèrent devant le portail et longèrent la cathédrale. Bert se leva et les suivit. Ils pénétrèrent dans le jardin et poussèrent une porte qui grinça dans la nuit. Ils avaient déjà disparu quand Bert ouvrit, à son tour, la porte dissimulée par les feuillages. Une volée de marches s’enfonçait dans le ventre de l’édifice. Il descendit prudemment l’escalier détrempé. Des voix d’enfants résonnaient sous les voûtes.
 
-         Vous n’avez vu personne ?
-         Il y avait des étoiles ?
-         Non, mais qu’est-ce qu’il faisait noir dehors !
 
Des cierges éclairaient la crypte. Cinq ou six enfants, assis à même le sol, entouraient une jeune fille qui leur servait de l’eau. Bert fit encore quelques pas.
 
-         Bonjour. N’ayez pas peur !
 
Ils s’étaient figés et le regardaient, les yeux écarquillés. Puis, une petite fille toute blonde se leva et se précipita vers lui, les deux poings en avant.
 
-         Moi, j’ai pas peur ! Si t’es un bandit et que tu viens nous tuer, mon papa va revenir et te tapera comme ça.
 
Elle bondit sur lui aussi souple qu’un petit chat et tambourina sur sa poitrine. Bert éclata de rire et la prit dans ses bras.
 
-         Non, la puce ! Je ne viens pas vous tuer, ni vous manger. D’ailleurs, toi, tu es bien trop maigre, bien trop petite !
-         Trop petite ? Je suis grande. J’aurai cinq ans à la Saint Jean !
-         Cinq ans ! Alors, tu as raison : tu es une vraie petite femme. Quel est ton nom ?
-         Marie. Et toi ?
-         Moi, c’est Bert. Attends ! C’est bien toi qui as demandé s’il y avait des étoiles cette nuit ? Ca tombe bien, j’en ai justement plein mes poches.
-         Plein tes poches ?
 
Bert sortit plusieurs grosses billes de verre aux reflets de jaspe, d’émeraude et de corail.
 
-         Regarde, dans la lueur des chandelles, c’est comme si tu avais le ciel dans la main.
-         Tu me les donnes ?
-         Oui, elles sont pour toi.
 
Bert se tourna vers les enfants.
 
-         Mais approchez, vous autres ! J’en ai pour tout le monde.
 
Les gamins, attirés par ces trésors lumineux avancèrent timidement.
 
-         Tiens, mon bonhomme ! Celle-ci vient de loin. Elle est en fer. Elle est à toi si tu me dis ton nom.
-         Georges. Je suis le fils d’Adrien, le forgeron.
-         Rien qu’à voir tes muscles, je suis sur que c’est toi qui entretenais le feu.
-         Ca, c’est la vérité vraie ! Pour le feu, je suis imbattable.
-         Quel âge as-tu ?
-         Douze ans à la Toussaint.
 
Une petite brunette s’approcha.
 
-         Moi, je suis Jeanne, la sœur de Marie.
-         Jeanne la brune et Marie la blonde. Tu es très belle, Jeanne.
-         Si vous n’êtes pas un bandit et que vous ne venez pas pour nous tuer, qui êtes-vous ? Que venez-vous faire ici ?
-         Je suis un voyageur, petite. Je rentre chez moi. J’ai roulé ma bosse dans tous les pays du monde mais aujourd’hui, je suis fatigué. J’ai envie de revoir ma maison.
-         C’est ou ta maison ?
-         Tu ne connais pas, petite puce blonde. C’est le royaume du vent et des mouettes. Tu remontes le rivage vers le nord pendant quatre ou cinq jours, mettons huit parce que tu as de petites jambes et lorsque la grève s’arrête, qu’il n’y a plus que l’océan devant toi, tu es arrivée. Tu vois, ma maison est tout au bout de la terre. C’est très beau là bas, tu sais...
-         Et les autres pays, ils sont beaux aussi ?
-         Tous les pays du monde sont beaux, Jeanne. Prends cette bille. Elle vient du pays des marmottes. Et bien la couleur de son bois est exactement celle que prend la forêt la bas le soir, au couchant.
-         J’aime le bois. Mon père, c’était Balthazar, le bûcheron. Souvent, il m’emmenait avec lui. Mais maintenant...
 
Elle baissa la tête.
 
-         Ne pleures pas, Jeanne, quel âge as-tu ?
-         Neuf ans.
-         Alors, à neuf ans, tu dois savoir que ton père n’aime pas les larmes.
-         C’est vrai, il n’aimait pas quand je pleurais.
-         Tu vois ! Et toi, le blondinet, qui es-tu ?
-         Je suis Bertrand. Moi, j’ai pas connu mon père. Plus tard, avec Jeanne, on va se marier.
-         Tu es peut être un peu jeune pour songer au mariage, non ?
-         J’ai dix ans.
-         Dix ans ? Dans le fond, tu as sûrement raison. Regarde, moi, j’ai trop attendu et maintenant, cela ne me tente plus.
 
A présent, les gamins se pressaient autour de Bert.
 
-         Moi, je suis Louis, le fils de Guillaume, l’archer. J’ai onze ans. Dans deux ans, j’entrerai dans la compagnie du guet.
-         Oh ! Tu as bien réfléchi ?
-         Oui, je serais soldat.
-         Remarque, il faut de tout pour faire un monde. Tenez, en attendant, prenez ces billes. Elles sont pour vous tous.
 
Bert se retourna. La jeune fille qui servait les enfants, était restée un peu à l’écart.
 
-         Et toi, qui es-tu ?
-         Je suis Eléonore, la fille de Robert, seigneur de ce pays.
-         Tu dois être un peu vieille pour que je te donne ces petites bêtises, non ?
-         J’ai dix sept ans.
-         C’est bien ce que je pensais. Mais attends voir...
 
Il fouilla dans son sac et sortit une écharpe bleue, brodée de fils d’or et d’argent.
 
-         Elle vient d’Orient. Elle a été tissée pour une princesse qui devait se marier. Hélas, le prince est mort à la guerre. Tiens, elle est à toi. Elle ira très bien avec la couleur de tes yeux.
 
La jeune fille inclina la tête pour remercier Bert.
 
-         Bon, c’est pas tout ça, mais maintenant qu’on se connaît un peu mieux, dites-moi ce qui s’est passé dans votre ville et ce que vous fabriquez dans ce trou à rats.
 
Tous les enfants voulurent parler en même temps.
 
-         Oh ! Oh ! Du calme ! Pas tous ensemble ! Je ne comprends rien. Avant toute chose, asseyons nous et, tiens, je boirai bien un peu de votre eau.
 
La petite Marie se précipita et lui amena la cruche. Tous s’étaient assis et le regardaient.
 
-         Dites, les enfants, vous avez mangé, au moins ?
 
Silence. Eléonore haussa les épaules.
 
-         Non, ils n’ont pas mangé. Il n’y a plus rien depuis deux jours.
 
La petite Marie passa sa main sur son ventre.
 
-         Et même que ça fait un drôle de bruit là dedans 
-         Sacrédié, et vous ne disiez rien ! Mais enfin...
 
Bert avait élevé la voix. Les enfants eurent un mouvement de recul.
 
-         N’ayez pas peur, bon sang !
 
Il sortit une énorme miche de pain de son sac et la tendit à Eléonore.
 
-         Tiens, ma belle, partage ceci en... voyons... sept parts. Donnes m’en un tout petit morceau. Je n’ai pas très faim.
 
Les enfants se jetèrent sur leur bout de pain et Bert bu l’eau à même la cruche. La pluie avait du se remettre à tomber dehors. Cela ruisselait le long des murs.

 
-         Ne vous inquiétez pas. Je trouverai mieux demain. Bien ! Eléonore, raconte-moi donc pourquoi cette ville est morte et pourquoi vous vous cachez ici ?

LAST IROKOI  ©  2008

(Suite chapitre 2)
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
bonjour!grr je n'aime pas ça mais alors pas du tout! c'est le genre d'histoire qu'on n'arrive pas à abandonner sans avoir tout lu. Pff à cause de toi je vais encore passer trop de temps sur l'ordi t'as pas honte!?BRAVISSIMOseul bémol, mais c'est juste pour te faire un clin d'oeil, es tu sûre que les billes existaient dans la période où tu situes ton récit?:0025:
Répondre
L
<br /> Hello,<br /> <br /> Merci pour ta visite, ta lecture et tes compliments...<br /> <br /> Non je ne sais pas du tout si les billes existaient à cette époque là.. d'ailleurs je vais vérifier sur internet... mais je crois qu'en Egypte c'était déja inventé...<br /> <br /> Très bonne fin de week end et cordialement<br /> <br /> L.Irokoi<br /> <br /> <br />
C
Excellent ! Un premier chapitre très accrocheur. La fin tombe comme toujours au moment où l'on a envie de savoir la suite. L'ambiance est pesante, le suspens à fleur de peau. Une histoire que tu as imaginée ?Charly...
Répondre
L
<br /> <br /> Oui, une histoire imaginée et déja bien vieille car écrite en 1985 environ...<br /> <br /> Elle fait partie d'un recueil de 13 histoires qui toutes ont un point commun: se dérouler sur la cote de déroute... en normandie entre Cherbourg et le Mont st Michel... un coin merveilleux,<br /> désert et sauvage où j'ai passé plusieurs de mes vacancse d'enfants...<br /> <br /> 13 histoire comme 13 signe du zodiaque et 13 maisons qui chacune ont une histoire... Donc 13 contes dont j'ai mis en ligne 3 ou 4 d'entre elles.<br /> <br /> Le belier est la plus longue et couvre justement les Plages qui vont du mont jusqu'a goury qui est tout au bout du cotentin... tout au bout du monde.<br /> <br /> merci pour le com' qui est très sympa. si tu as l'occsion et que tu aimes les cotes desertes et sauvages, les immenses estrans vides et les marées gigantesques n' hésite pas a faire un saut<br /> là bas... moi, je le fais des que je le peux... helas voila deux ans que je n'ai pas pu...<br /> <br /> Très bonne  journée<br /> <br /> cordialement à toi<br /> <br /> Last Irokoi<br /> <br /> <br /> <br />