Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi
Sa famille l’a retrouvé un matin, assis à la table de cuisine, contemplant une fleur dans un verre à moutarde à moitié plein d’eau.
La fleur était une marguerite cueillie la veille dans un parterre de la cité, par sa petite fille et lui était un homme de 55 ans à peu près, dans un pyjama gris à rayures. Il était là ; il ne faisait rien, son menton pas rasé dans la main. Il regardait la fleur, voila tout.
Autour de lui, Il y avait sa femme et sa fille, la dernière, celle de 13 ans. Elles commençaient à s’inquiéter, à s’agiter. On lui parlait, il restait sourd. On l’interrogeait, il restait muet. On le secouait par l’épaule ; il restait immobile. Il regardait la fleur, voila tout.
A cette heure là, il aurait du être dans le métro, de l’autre côté de la ville et debout dans la cohue, se tenir à la barre de métal. Il aurait du être habillé, coiffé, rasé, lavé… Au lieu de cela, il était dans sa cuisine, le menton râpeux, dans un pyjama douteux qui sentait la sueur sous les aisselles et son regard restait fixé sur la fleur. Il regardait la fleur, voilà tout.
Sa femme demanda à la petite, la dernière, celle de 13 ans, de le surveiller pendant qu’elle appelait le SAMU. Le SAMU, quelle drôle d’idée ! Il n’était pas malade, il se sentait bien ; il ne ressentait rien ; il regardait la fleur voilà tout mais cela sa femme ne le comprenait pas, ne le comprendrait jamais. D’ailleurs, le SAMU ne s’y est pas trompé, lui. Il a refusé de se déplacer. Un homme qui regarde une fleur n’est pas malade. La contemplation d’une fleur n’est pas une maladie, un symptôme alarmant…ce n’est rien ; juste une fleur contemplée par un homme qui ne fait que cela.
Et pourtant, la maison en était toute retournée. On appela le voisin et les amis du 5ème et le petit Momo. Bientôt, la cuisine fut pleine de gens qui parlaient, qui lui parlaient, qui le secouaient, qui voulaient le faire réagir. Mais lui ne parlait pas, ne bougeait pas, ne réagissait pas. Il regardait la fleur, voilà tout.
Mais pourquoi ne lui foutaient ils pas la paix ? Pourquoi ne se taisaient ils pas, ne s’assoyaient ils pas, ne regardaient ils pas la fleur comme lui ? Pourquoi ? Il comprit qu’il les dérangeait à rester comme cela, immobile, autre part, dans un autre monde, inaccessible, sans problème, sans impôt, sans hémorroïdes, avec rien à faire, rien qu’à regarder la fleur, voila tout.
Il y eu un calme relatif. Tous se détournèrent vers sa fille, la dernière, celle de 13 ans. Elle levait la main comme à l’école pour parler. Elle avait quelque chose à dire. Sa mère l’encouragea. Alors, elle demanda de sa voix acide de gosse mal poussée : « qu’est ce qui va se passer quand la fleur sera fanée ? »
In « histoires de la vie qui passe » ©2008