Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi
Ce fut le froid qui la réveilla ; le froid et une douleur au coté. Elle était allongée sur un banc de fer qui lui meurtrissait les cotes. Elle se redressa et tout se mit à tourner. Elle avait un mal de tête assourdissant.
Puis tout se calma ; la migraine, le vertige et la douleur au côté.
Elle était dans un abri d’autocar, en face d’une église, sur une place de village. C’était l’aube et les montagnes tout autour sortaient de la nuit.
Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle faisait là, tremblant de froid dans sa veste fripée. Elle se leva avec précaution et traversa la place dans le silence, évitant au mieux les ornières de neiges durcies, impraticables avec ses chaussures de villes.
Elle était au bout du village. Un sentier partait en lacet, sous les sapins, vers les sommets et un panneau de bois indiquait : « lac du mont Cenis 8 KM ».
Elle connaissait ce coin, cette église, ce sentier, ce village ; elle venait y skier,l’hiver, avec ses parents ; et tandis que des images précises sortait du flou de sa mémoire, la même question revenait lancinante : que faisait elle là ?
Elle comprenait qu’elle avait bu, trop bu hier soir ; mais elle ne savait pas, elle ne savait plus pourquoi et elle restait là frissonnante, fragile et hésitante entre le village qui descendait vers la vallée encore dans l’ombre et le sentier du lac qui allait vers le soleil.
Et, à mesure que la vallée s’éveillait, peu à peu, des images lui arrivaient d’hier, s’animaient, de plus en plus nettes et précises, de plus en plus vivantes et réelles. Elle ferma les yeux comme si elle n’était pas certaine de vouloir savoir. Mais cela s’imposa et la douleur de la veille revint graduellement, sourde puis fulgurante.
Elle revoyait le pot du midi au bureau, tous ces gens un peu ivres qui riaient, et elle qui riait avec eux.
Elle se revoyait s’asseoir devant son micro et découvrir sur son téléphone portable un sms arrivé pendant la fête. C’était lui, l’homme avec qui elle vivait depuis 3 ans : « je ne rentre pas ce soir. C’est fini. J’aime quelqu’un ».
Elle avait prit sa veste et son sac et sans un mot elle était descendue sur le boulevard. Elle était entré dans le premier café et avait commandé un wyskie, puis un second et encore un autre dans un autre café et ainsi de suite tout l’après midi.
Mais cela n’était pas suffisant, elle n’arrivait pas à s’enivrer, à anesthésier cette douleur dans la poitrine qui ne voulait pas percer. Elle mélangea tout : bière et vodka, vin rouge et rhum. Quand la nuit tomba sur Paris, elle était dans ce hall de gare qui baignait dans un brouillard nauséeux ; des hommes l’abordaient, lui proposaient des choses qu’elle n’entendait pas. Elle entra au buffet, commanda un énième verre puis plus rien, plus rien jusqu’à ce matin, ce matin où l’ivresse dissipée, la blessure, l’horrible blessure saignait, à nouveau, dans sa poitrine.
Un énorme dégoût la submergea : un peu comme si tout l’alcool, ingurgité et mal digéré remontait de son estomac vers sa bouche. Elle était sale de toute la crasse du voyage, de la nuit et de la trahison. Elle aurait voulu se nettoyer de tout cela.
A nouveau, ses yeux se posèrent sur le panneau de bois : le lac. Elle se rappelait : c’était beau, calme, reposant. C’était un miroir où se reflétait l’immensité du ciel, un saphir dans un écrin de neige. C’était pur.
Alors, elle tourna le dos au village et commença à monter le sentier. Elle glissait sans cesse avec ses chaussures à talon. Elle les enleva et reparti sans même sentir sous ses pieds, la morsure du froid.
On la retrouva au milieu de l’après midi. Deux randonneurs, des rives où ils marchaient, avaient aperçu l’ombre légère de la jeune femme quand la glace avait cédée sous ses pas, au milieu du lac.
Les sauveteurs étaient arrivés trop tard. Ils l’ont repêché ; elle était entièrement nue et des larmes de gel s’étaient figées dans ses grands yeux clairs, ouverts.
Un des randonneurs s’approcha pour la regarder et dit d’une voix bougonne : « Encore une qu’a rien compris au réchauffement climatique ».
Au même instant, à Paris, ses collègues commençaient à s’inquiéter… surtout depuis que son ami avait appelé car elle n’était pas rentrée de la nuit... surtout depuis que l’ivresse retombée, chacun trouvait idiot cette blague qu’on avait faite à la petite avec ce sms bidon…
© Last Irokoi 2008 in « histoires de la vie de tous les jours »