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Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi

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LA MAISON DU BELIER (8ème jour)

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CHAPITRE 7

(Retour au chapitre 1)

Dans la matinée du 8ème jour, le paysage changea. Les dunes s’aplanirent et la lande, depuis l’horizon terrestre, venait mourir après quelques soubresauts de terrain, dans la mer. Où était la frontière entre l’océan et la terre ? De larges bancs de sable montraient leur dos sombre entre les vagues. Le ciel d’un gris clair et gelé jetait sur tout cela une même couleur de métal brûlé, une même lumière de mercure opalescent.
 
Le vent avait tourné et s’était calé définitivement au nord. Il arrivait de pays inconnus et gelés. Après avoir passé des mers hérissées de glaces, il dévalait les grèves à toute allure, suffoquant les enfants. La petite bande avançait toujours même si à mesure cela devenait de plus en plus difficile. Souvent, l’un d’eux trébuchait sur une pierre et tombait. Georges, à qui Bert avait confié l’arrière garde, se précipitait pour les aider à se remettre sur pied.
 
A midi, ce fut la halte. Bert distribua la viande qu’il avait fait rôtir à l’abri de la brume du matin. Tout le monde se taisait. Même manger était un effort. Jeanne, toute seule pour une fois, pleurait dans son coin.
 
-         Et bien, Jeanne, que se passe-t-il ?
-         Je suis trop fatigué et j’ai mal. Regarde mon pied !
 
La cheville de Jeanne n’était plus qu’une blessure pleine de sable. Bertrand s’était rapproché et lui prit la main.
 
-         Je vais te porter, Jeanne.
-         Non, Bertrand, toi aussi tu es fatigué. Je voudrais simplement pouvoir dormir un peu.
-         On ne peut pas s’arrêter ici trop longtemps, Jeanne. Cette lande est un véritable marais. Vous prendriez les fièvres. Il faut continuer jusqu’à ce soir. Georges, tu es toujours en forme ?
-         Oui, Bert, ca va
-         Tu vas prendre Marie sur tes épaules. Je porterai Jeanne.
-         Quand arriverons-nous ?
-         Bientôt, Eléonore, Après demain si tout va bien.
 
Elle poussa un gros soupir.
 
-         Oui, mais est ce que tout ira bien ?
-         Cela, belle dame, cela ne dépend plus que de nous tous. Si tu m’avais poser la question le premier jour, je ne sais pas trop ce que je t’aurai répondu. Mais aujourd’hui, quand je vois tout ce qu’on a enduré, je suis certain qu’on va y arriver. Pense à tous les dangers que nous avons évités. Tiens, tu te souviens de cette ville qu’on a contourné, une nuit. Milan est arrivé juste après nous. Il était sur le chemin que nous avons traversé. Nous l’avons échappé belle.
-         Comment savez vous ça ?
-         Hier soir, avec Georges, nous avons du nous enfoncer très loin dans les terres. Nous avons croisé des paysans qui faisaient le guet sur la route. Ils nous ont dit que Milan après avoir brûlé la ville était reparti plein sud vers Avranches.
-         Nous ne risquons plus rien, alors ?
-         D’eux, non. Milan n’est pas fou. Il sait que la presqu’île est un cul de sac où les soldats du Roi pourraient le piéger comme un rat. Et puis plus on monte vers le nord et plus c’est pauvre, moins il y a de ville. Ce pays ne l’intéresse pas ; il n’intéresse aucun brigand.
 
Les enfants s’étaient assis autour de lui et buvaient ses paroles.
 
-         Allez, encore un effort. Bientôt, vous pourrez dormir tout votre saoul,  dormir et manger. Tiens, on fera la fête. On mariera Jeanne et Bertrand.
 
 Marie esquissa un pas de danse et demanda :
 
-         Et toi, tu te marieras avec Eléonore ?
-         La pauvre, que ferait-elle d’un vieux bouc comme moi ?
-         T’es pas un bouc, t’es un bélier.
 
Tous se mirent à rire. Marie continuait :
 
-         Et moi, je pourrai épouser Georges ?
-         C’est à lui qu’il faut le demander.
 
Georges prit la petite dans ses bras et la fit sauter en l’air.
 
-         Il faudra encore grossir un peu, puceron.
 
En la posant sur ses épaules, c’est lui qui, en fait, donna le signal du départ. Ils reprirent leur marche. La petite Marie était toute contente.
 
-         Regardez ! Regardez-moi ! J’ai changé de cheval ! Allez hue, cheval, plus vite.
 
 
 
Dans l’après-midi, les premiers rochers apparurent. Ils devenaient de plus en plus nombreux, de plus en plus hauts à mesure qu’ils avançaient. Ce fut bientôt un véritable mur, une falaise basse qui soulignait la frontière entre terre et mer.
 
Le soir, ils s’arrêtèrent dans une caverne que les flots jadis avaient creusée au pied d’une roche gigantesque. Le vent du nord soufflait dans ces orgues minérales et racontait de sa voix rauque, les légendes de ce pays si pauvre et si perdu.
 
Un grand feu de bruyère avait été allumé. Les enfants avaient mangé le restant de la viande et plusieurs pommes. Ils dormaient. Seule Eléonore et Bert parlaient devant les braises. Le chien était parti se percher au sommet du rocher le plus haut et, le nez aux étoiles, regardait l’océan.
 
-         Tu as vu, on dirait une statue.
-         Oui, Eléonore, mais il s’en passe des choses dans sa tête de statue.
-         A quoi pense-t-il ?
-         A son pays, je crois. Il regarde dans cette direction là, en tout cas.
-         Son pays ?
-         Le pays des grandes forêts, derrière l’océan. Le pays des loups et des ours. Tel que tu le vois là, il hésite.
-         Pourquoi ?
-         Comprend le, il était libre. Le monde entier lui appartenait. Maintenant, il a des charges, des responsabilités avec tous ces enfants qu’il doit surveiller. Il se demande s’il doit repartir ou rester avec nous.
-         Et à ton avis, que va-t-il faire ?
-         Rester, bien sûr. C’est un vieux routier. Il connaît le monde, il connaît la vie. Il sait que le bonheur, ce n’est pas le paysage dans lequel on vit. C’est celui que l’on construit de l’intérieur.
 
Eléonore baissa la tête et hésita.
 
-         Et toi ?
-         Moi ?
-         Oui, tu as hésité comme lui ?
-         Depuis la crypte, j’ai pas eu beaucoup de temps pour hésiter.
-         Et si tu avais eu le temps.
-         Je crois que cela n’aurait rien changé. De toute façon, je rentrai chez moi.
-         Heureusement que tu nous as trouvé ! Ou serions-nous autrement ?
-         Cessez de vous poser des questions sans réponse, belle dame. Il est temps de dormir. Cela sera encore très dur demain.
-         Bien, Bert. Bonne nuit.
 
Elle se leva et alla s’allonger près des enfants. Bert resta quelques instants à regarder les braises puis décida de dormir. Vagabond inspectait toujours l’espace. Entre les nuages, le grand chariot scintillait de tous ses feux.
 
Au milieu de la nuit, Bert fut réveillé par une ombre qui s’approchait de lui. C’était Eléonore qui se couchait contre lui, non pas comme une petite fille apeurée mais comme une jeune femme prenant la place qui était sienne. Elle glissa sa main dans celle de Bert.
 
Ainsi s’acheva la 8ème journée.


LASTIROKOI  © 2008
 

(Suite chapitre 8)
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