Comme un indien , du fond de son tipi, au milieu des grandes plaines de l'ouest, j'observe au loin le monde et la société. Je devrais pleurer mais non souvent je rigole... Mon dieu, qu'ils sont tous comique et si loin de la vie et de l'univers... Entrez donc 5 minutes vous reposer. on parlera littérature et poésie, peinture et musique, art... Bienvenue dans le tipi de Lastirokoi Last Irokoi
La lueur grise et sautillante du récepteur de télévision projetait nos ombres sur le mur du garage. J’avais 15 ans, j’étais en vacances en Bretagne et au milieu de cette nuit de la fin du mois de juillet, j’étais en train – ou plutôt, j’allais – perdre mon pucelage avec une fille qui avait 3 ans de plus que moi et l’expérience qui allait avec.
Je ne sais plus qui – d’elle ou de moi- avait eu l’idée, quand la bande s’est séparée à la fermeture du bistrot, ce soir là, de venir là, dans le garage de ses grands parents.
Elle n’était pas très belle, grande, ossue, la peau gercée par le savon bon marché et les cheveux raides comme de la paille mais à l’age que j’avais, les mecs sont pas trop regardants… et puis on flirtait depuis 2 jours. C’était la fin des vacances ; il fallait que je me dépêche.
On était vautrés sur un vieux canapé face à la télévision qu’elle avait allumée pour masquer le bruit qu’on pourrait faire et dans cette pénombre grisâtre qui masquait un peu sa laideur, je découvrais, à pleine main, les doigts et les lèvres partout à la fois, tous ces endroits que les filles bien m’avaient toujours interdit jusqu’à là.
Elle m’encourageait plutôt, me chuchotant des demandes et surtout des recommandations de prudence : il faut dire qu’en 1969, la pilule, conquête de la libérations féminine, n’avait pas encore atteint cette petite cité balnéaire endormie.
Tout se passait bien : j’allais entrer dans le vif… du sujet quand elle se redressa soudain, écoutant dans la nuit.
Elle avait raison : on marchait dans la nuit ; une voix l’appela.
Elle eu juste le temps de murmurer : « merde ! Mon grand père ! » et de m’éjecter du canapé. Je me suis glissé en dessous pendant qu’elle m’envoyait mon tee shirt et sa petite culotte…
Quand l’homme entra, elle était sagement assise, juste au dessus de moi, défripant du plat de la main sa robe de plage.
Il lui demanda ce qu’elle regardait à cette heure là. Elle lui dit qu’elle ne savait pas trop, que c’était bizarre… un film de science fiction….
Il monta le son du récepteur et éclata de rire en s’installant à coté d’elle. Ils en avaient parlé aux actualités télévisées : ce n’était pas un film ; c’était vrai : des américains étaient arrivés sur la lune… ces ombres qui sautaient, ces voix déformées par la distance c’était vrai…on marchait sur la lune !
Ils restèrent plus d’une heure devant la lucarne tressautante, enthousiastes pendant que moi le nez dans la poussière et les crottes de souris, je grelottais, les fesses nues sur le béton glacée car je n’avais pas eu le temps de remonter correctement mon jean.
Pendant qu’ils regardaient ces images historiques, je n’avais moi comme perspectives que les mollets variqueux du vieux et ses pieds glissés dans des chaussons malodorants.
C’était horrible: Pendant qu’il dissertait sur le progrès humain, sur la science du XXème siècle, moi, je me bagarrais contre une énorme envie d’éternuer à cause de la sciure qui tombait du canapé.
J’avais lu un truc d’agent secret pour empêcher l’éternuement. Il faut frotter le bout de sa langue, bouche fermée, contre son palais ; et bien, je puis vous le dire, ça marche ; j’ai réussi à garder le silence.
Après, ce fut une crampe, épouvantable, dans la hanche. Je ne savais plus comment me tenir. J’étais glacé et pourtant j’avais la sueur qui perlait au front.
Enfin, le grand père se leva pour fermer le récepteur et sorti avec sa petite fille, verrouillant la porte du garage à double tour.
Je pu enfin sortir de mon trou à rat et me rhabiller convenablement, le corps douloureux. J’ai attendu de longues minutes, le retour de la fille - pas pour la bagatelle, j’étais épuisé - mais pour qu’elle me délivre.
Elle n’est pas revenue. Alors, j’ai sauté par une fenêtre minuscule, m’écorchant au passage sur les épines d’un rosier, le long du mur.
Je suis rentré chez moi par la plage. C’était l’aube. La lune, là haut, me regardait, hilare.
Le lendemain, je me suis réveillé vers midi avec une angine carabinée qui m’a clouée au lit pendant 2 jours. Je suis reparti pour Paris sans la revoir.
J’ai du attendre encore 5 mois avant de réussir enfin ce qui me tenait tant à… cœur. C’était avec une italienne, belle, à paris, banalement, chez elle, dans sa chambre qui donnait sur le champ de Mars, un dimanche après midi, pendant que ses parents étaient partis prendre le thé chez des amis.
Mais, même aujourd’hui, quand il repasse à la télé le film des premiers pas de l’homme et du grand bond pour l’Humanité, je sens encore l’odeur d’urine de souris du garage de mes 15 ans…
On a les madeleines qu’on peut…
LAST IROKOI © 2008 IN "HISTOIRES DE LA VIE DE TOUS LES JOURS"